Grand Kasaï : Tshisekedi sur les chantiers, Banza sous pression… et les routes commencent enfin à parler

Désenclavement du Congo : quand la volonté politique descend sur le terrain les choses bougent. Dimanche, pendant que certains auraient volontiers réservé cette journée au repos dominical, Félix-Antoine Tshisekedi avait manifestement un autre programme : aller voir, chiffres à l’appui et poussière aux chaussures, comment avance la grande bataille du désenclavement de la République démocratique du Congo.

À Mbujimayi, le chef de l’État s’est personnellement imprégné de l’évolution des grands projets de connectivité qui doivent progressivement sortir le Grand Kasaï de son enclavement historique. Une visite de terrain qui avait tout d’un contrôle technique grandeur nature : pas de discours fleuve, mais des maquettes, des kilomètres, des taux d’exécution et surtout une question simple : où en sont réellement les travaux ?

Accueilli au croisement des avenues Inga et Kasa-Vubu sur la RN1 par une population en liesse, Félix-Antoine Tshisekedi a été conduit par le ministre des Infrastructures et Travaux publics, John Banza Lunda, devant les maquettes de l’Agence congolaise des grands travaux et de la Cellule infrastructures.

Autrement dit, ce dimanche, les maquettes avaient intérêt à être aussi convaincantes que les discours.

Le Grand Kasaï ne veut plus être une île terrestre

Pendant longtemps, dans l’imaginaire congolais, rejoindre certaines villes du Grand Kasaï pouvait relever davantage de l’expédition que du simple déplacement. Routes impraticables, érosions, ponts fragiles et distances interminables avaient fini par installer l’enclavement comme une sorte de fatalité nationale.

Le président Tshisekedi entend manifestement casser cette logique.

Les différents projets présentés au chef de l’État traduisent une ambition : transformer progressivement les routes en véritables artères économiques, capables de connecter le Kasaï-Oriental, le Kasaï-Central, le Kasaï, la Lomami, le Sankuru, le Haut-Lomami, le Lualaba et, à terme, l’Est du pays.

Sur la RN42, entre le lac Munkamba et Lusambo, les travaux affichent déjà 87 % de praticabilité sur un linéaire de 131,6 kilomètres.

À Mbuji-Mayi, la réhabilitation de la route Bena Kazadi et du port Ndomba atteint 44,7 % d’exécution, sur près de 26 kilomètres.

Au Kasaï-Central, le projet du stade de Kananga avance à 2,5 %, tandis que la très stratégique route Kananga–Kalamba-Mbuji, longue de 230 kilomètres, affiche 62,5 % d’exécution pour la modernisation et 82,71 % pour la praticabilité.

Et là, on ne parle plus simplement de bitume : Kalamba-Mbuji doit aussi devenir une porte d’ouverture du Grand Kasaï vers l’extérieur.

RN1 : le chantier qui teste la patience et la détermination

Autre morceau de taille : la modernisation de la RN1 entre Mbuji-Mayi et Nguba, sur environ 846 kilomètres.

Les six lots connaissent des niveaux d’avancement différents : 73 % pour le premier, 11,5 % pour le deuxième, 4,7 % pour le troisième, 20,75 % pour le quatrième, 3 % pour le cinquième et 73 % pour le sixième.

Un tableau qui rappelle une vérité assez congolaise : sur un chantier de cette dimension, tout ne marche jamais au même rythme. Mais le président voulait précisément connaître les difficultés, les blocages et les solutions.

John Banza Lunda lui a donc livré l’état des lieux, sans maquillage inutile : difficultés rencontrées, solutions mises en place et progression des travaux.

Le message présidentiel semble clair : le désenclavement ne doit pas rester une promesse sur papier glacé. Il doit se mesurer en kilomètres ouverts, en ponts construits et en temps de parcours économisé.

RN2 : le bitume contre l’enclavement

C’est probablement le projet qui donne le plus de relief à cette politique de connectivité.

La RN2, dans son vaste corridor Mbuji-Mayi–Bukavu, s’étend sur environ 1.080 kilomètres. La première phase concerne notamment le tronçon Mbuji-Mayi–Kabinda, long de 145,5 kilomètres, financé dans le cadre du Projet d’appui à la connectivité au transport (PACT) avec l’appui de la Banque mondiale.

Deux lots sont actuellement concernés.

Selon le ministre Banza Lunda, l’asphaltage a déjà dépassé les dix premiers kilomètres sur le premier lot, tandis que le second, à partir de Kabinda, avance également sur près de dix kilomètres, avec une ouverture d’environ 50 kilomètres.

L’objectif annoncé est particulièrement ambitieux : 40 kilomètres asphaltés sur chacun des deux lots d’ici décembre, soit 80 kilomètres en deux fois deux voies.

Une première autoroutière pour le pays, selon le ministre.

Si les prévisions sont respectées, le Grand Kasaï aura donc bientôt une nouvelle raison de regarder le calendrier avec beaucoup plus d’intérêt que d’habitude.

Le deuxième plus long pont du pays en ligne de mire

Comme si les routes ne suffisaient pas, le programme prévoit également la mobilisation de l’entreprise chargée de réaliser le deuxième plus long pont du pays, destiné à relier la Lomami au Maniema.

Voilà qui donne une autre dimension au mot « désenclavement ».

Car pour connecter le Congo, il ne suffit pas de tracer des lignes sur une carte. Il faut franchir les rivières, dompter les érosions, traverser les forêts et surtout accepter que chaque kilomètre construit puisse avoir un impact économique beaucoup plus important qu’une simple route.

Une route, c’est du transport. Un pont, c’est une connexion. Mais un réseau routier cohérent, c’est une politique économique.

Mbuji-Mayi change de visage

Dans la capitale diamantifère, la voirie urbaine n’est pas en reste.

Le président Tshisekedi et son ministre des Infrastructures ont parcouru plusieurs axes pour constater l’évolution des travaux.

Et sur place, même les automobilistes semblent avoir commencé à remarquer quelque chose : la route recommence à ressembler à une route.

La spectaculaire érosion de Mbala wa Tshitolo, qui avait longtemps perturbé la circulation, est désormais maîtrisée grâce aux travaux d’urgence engagés par le ministère.

John Banza Lunda, visiblement satisfait, préfère laisser les chantiers parler à sa place.

Il affirme notamment que le trajet entre Mbuji-Mayi et Kabeya-Kamwanga, autrefois particulièrement pénible, peut désormais être effectué en environ 40 minutes.

Dans un pays où certaines distances se mesuraient autrefois moins en kilomètres qu’en heures d’attente, de pannes et de détours, le chiffre mérite d’être souligné.

Tshisekedi veut désenclaver un pays qui semblait parfois avoir été dessiné sans routes

Au-delà des statistiques, la visite de Mbuji-Mayi traduit surtout une orientation politique.

Félix-Antoine Tshisekedi semble vouloir faire des infrastructures l’un des instruments majeurs de l’intégration nationale.

Le pari est considérable.

La RDC est immense, les distances sont vertigineuses et les besoins sont partout. Mais précisément pour cette raison, le désenclavement ne peut plus être traité comme une succession de petits projets isolés.

Il faut relier les provinces entre elles, rapprocher les centres de production des marchés, faciliter la circulation des personnes, accélérer le commerce et créer des corridors capables de connecter le cœur du pays aux frontières et aux grands bassins économiques.

Le Grand Kasaï constitue à cet égard un test grandeur nature.

Et le président l’a bien compris : un Congo qui ne circule pas est un Congo qui ne peut pas pleinement produire, commercer et se développer.

La volonté politique affichée est donc de transformer progressivement la carte routière du pays en véritable carte économique.

Banza Lunda : le ministre qui sait que les kilomètres ne votent pas, mais qu’ils parlent

Sur le terrain, John Banza Lunda assume manifestement la pression.

Son discours est direct : les résultats doivent être visibles.

« Fatshi bâtit », répète-t-il, convaincu que les ouvrages finiront par parler plus fort que les slogans.

Et c’est probablement là que réside le principal défi du programme présidentiel : faire en sorte que chaque annonce puisse un jour être vérifiée par un usager ordinaire, au volant de son véhicule, sur une route réellement praticable.

Car une route inaugurée sur une estrade est une promesse.

Une route parcourue sans panne, sans détour et sans bourbier est une réalisation.

Le Congo attend précisément cette deuxième version.

Le dimanche où le bitume a fait campagne

Au terme de cette descente, le tandem Tshisekedi-Banza a poursuivi sa tournée sur l’avenue Kasa-Vubu.

Autour d’eux : le gouverneur du Kasaï-Oriental, le secrétaire général aux Infrastructures et Travaux publics, les responsables de l’ACGT, de l’OVD, de l’Office des Routes et de la Cellule infrastructures, ainsi que des élus et acteurs communautaires.

Ce dimanche 30 août 2026, à Mbuji-Mayi, Félix-Antoine Tshisekedi n’a donc pas seulement visité des chantiers.

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