Dialogue national inclusif : Félix Tshisekedi inverse la pyramide et mise sur la parole des provinces

Le prochain dialogue national ne partira pas de Kinshasa. Il prendra racine dans les provinces, au plus près des populations, avant de converger vers la capitale. En annonçant jeudi le lancement du « Dialogue national pour la paix, la cohésion et la refondation de l’État », le président Félix Tshisekedi entend ainsi rompre avec le schéma classique des grandes concertations politiques organisées d’abord dans la capitale.

Le chef de l’État veut désormais faire remonter la parole du pays vers Kinshasa. Une sorte de pyramide renversée, où les préoccupations exprimées dans les territoires devraient constituer la matière première des assises nationales.
Dans chaque province, des consultations doivent être organisées afin de recueillir les préoccupations des citoyens. Insécurité, conflits fonciers et coutumiers, tensions communautaires, inégalités sociales, fonctionnement de l’administration, difficultés de développement : autant de sujets qui devraient alimenter les discussions locales.

À cela s’ajouteront les propositions de réformes formulées par les participants. L’objectif affiché est de ne pas limiter le dialogue aux seuls acteurs politiques, mais d’élargir la consultation aux différentes composantes de la société congolaise.

La province avant Kinshasa


Majorité, opposition, société civile, confessions religieuses et autorités coutumières sont appelées à prendre part au processus. Les jeunes et les femmes, mais aussi les travailleurs, entrepreneurs, universitaires, professionnels de santé, agriculteurs et acteurs de l’économie informelle devraient également être entendus.

La diaspora figure elle aussi parmi les catégories appelées à contribuer aux consultations.
Les différentes propositions recueillies dans les provinces seront ensuite compilées dans une synthèse nationale. Ce document devrait servir de base aux discussions finales à Kinshasa.
« Les assises de Kinshasa ne seront pas le point de départ du Dialogue, mais l’aboutissement d’une parole recueillie à travers tout le pays », a déclaré Félix Tshisekedi.
Le message est clair : la capitale ne devrait plus être le lieu où se construit seul le compromis national. Elle doit plutôt devenir le point de convergence d’un processus engagé à la base.

Pour l’heure, aucune date de lancement n’a été communiquée. Une ordonnance présidentielle doit d’abord créer le comité chargé de l’organisation du processus, avant la convocation officielle du dialogue.
L’AFC/M23 maintenue à distance
Mais derrière la volonté affichée d’inclusivité, une ligne rouge demeure : la participation des groupes armés.
Sur ce point, Félix Tshisekedi s’est montré catégorique. « Nul ne peut prétendre s’asseoir à la table de la Nation tout en prenant les armes contre elle », a-t-il déclaré.

Les mouvements qui poursuivront les combats contre l’ordre constitutionnel, occuperont une partie du territoire par la force ou administreront illégalement des entités de la République ne pourront pas participer au dialogue en tant que composantes politiques.
Dans le contexte actuel, cette règle écarte de fait l’AFC/M23 des assises nationales.
Kinshasa ne ferme toutefois pas la porte au processus engagé avec cette coalition armée. Les discussions menées à Doha sous médiation qatarie doivent se poursuivre sur les questions directement liées au conflit : cessation des hostilités, désengagement des forces, cantonnement et désarmement.

Une autre possibilité demeure ouverte : celle d’une participation individuelle des membres de groupes armés qui auraient renoncé de manière vérifiable à la violence.


Pas de transition institutionnelle


Autre limite posée par le président de la République : le dialogue ne devra pas déboucher sur une remise à plat des institutions.
Félix Tshisekedi exclut notamment que les discussions puissent remettre en cause les résultats des élections ou entraîner la suspension des institutions en place.

Les mandats constitutionnels doivent, selon lui, suivre leur calendrier prévu.
Cette position risque cependant de maintenir le désaccord avec une partie de l’opposition.
Martin Fayulu a notamment défendu l’idée d’un dialogue sans exclusion, avec la participation de personnalités comme l’ancien président Joseph Kabila et Corneille Nangaa, coordonnateur de l’AFC/M23.
Dans le camp de Joseph Kabila, des voix ont également appelé à une médiation indépendante et à des mesures préalables de décrispation politique.

Un pari politique à haut risque
Avec cette nouvelle architecture, Félix Tshisekedi fait donc le pari d’un dialogue qui ne serait pas uniquement une confrontation entre états-majors politiques à Kinshasa. Il veut partir des provinces, faire remonter les préoccupations locales et transformer celles-ci en propositions nationales.
Le succès de cette démarche dépendra toutefois de sa capacité à garantir la représentativité des consultations, la liberté de parole des participants et la prise en compte effective des recommandations issues des provinces.

Car la véritable question sera moins de savoir combien de personnes participeront au dialogue que de déterminer qui sera réellement entendu et ce qui sera fait de cette parole.
En choisissant de faire partir le processus du territoire vers la capitale, le président Tshisekedi tente de changer la mécanique traditionnelle des concertations politiques congolaises.
La pyramide est désormais annoncée comme renversée. Reste à savoir si, une fois arrivée à Kinshasa, la parole des provinces conservera tout son poids.

Francis Luende

You May Also Like

CNSS : l’Oiseau rare Charles Mudiay dans le viseur des réseaux predateurs

Kasaï-Central : en séjour à Kananga, John Kabeya Shikayi lance ses vacances parlementaires

Grand Prix 2026 : Le Collectif des Journalistes Patriotes Honore Marie Claire Mupemba Sabangu Icône de l’entrepreneuriat feminin

SONAS : les retraités expriment leur reconnaissance après les indemnisations menées sous la direction de Clément Désiré Kabongo Moba

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *