Génération Équitable : Marc Ekila mise sur une jeunesse qui veut créer plutôt que quémander

6 000 jeunes formés gratuitement entre 2026 et 2028 : à travers le programme « Génération Équitable », le ministre d’État Marc Ekila Likombo poursuit une ligne qui semble désormais assumée : faire de la formation professionnelle non plus une salle d’attente pour jeunes sans emploi, mais un véritable tremplin vers l’autonomie.

À Kinshasa, les discours sur la jeunesse ne manquent pas. Les promesses non plus. Mais, mardi 8 septembre 2026, à Silikin Village, dans la commune de la Gombe, le ministre d’État, ministre de la Formation professionnelle, Me Marc Ekila Likombo, a voulu donner un contenu très concret à cette vieille rengaine politique : former les jeunes pour qu’ils puissent se débrouiller dans une économie où le diplôme, à lui seul, ne garantit plus grand-chose.
Le lancement de la deuxième phase de « Génération Équitable », une initiative de JA Africa mise en œuvre avec Kadea Academy, s’inscrit dans cette logique. À la clé : 6 000 jeunes à former gratuitement sur la période 2026-2028. Pas de frais d’inscription cachés, pas de petite ligne en bas de page annonçant une contribution obligatoire : le programme se veut entièrement gratuit pour les bénéficiaires.

La répartition annoncée est de 2 100 jeunes en 2026, 2 100 autres en 2027 et 1 800 en 2028. Une ambition importante dans un pays où la jeunesse représente à la fois une formidable réserve de talents et un immense défi économique.
Depuis son avènement à la tête de la Formation professionnelle, Marc Ekila Likombo semble vouloir justement déplacer le curseur. Son discours insiste régulièrement sur la nécessité de rapprocher la formation des réalités du marché, de valoriser les métiers et surtout de transformer les compétences en possibilités concrètes d’emploi et d’entrepreneuriat.Autrement dit, il ne suffit plus de former pour former.

Il faut former pour travailler, entreprendre et, pourquoi pas, employer les autres. Une petite révolution dans une société où beaucoup rêvent encore d’obtenir un poste avant même de se demander quelle compétence ils peuvent vendre.
C’est précisément le message porté par le ministre devant les jeunes réunis à Silikin Village. « Croyez en vous, vous pouvez devenir des patrons », leur a-t-il lancé, rappelant que la formation professionnelle peut constituer une véritable clé de réussite. Le message est simple, presque brutal dans sa franchise : la jeunesse congolaise ne doit pas seulement attendre que quelqu’un lui donne un emploi ; elle doit aussi être préparée à en créer.
Cette orientation rejoint la vision défendue par le chef de l’État Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo en faveur de l’insertion et de l’autonomisation des jeunes. Le ministre Ekila a notamment rappelé le lancement, le 30 juin 2026, du programme « Debout Jeunes Congolais », présenté comme une autre initiative destinée à placer la jeunesse au cœur des politiques publiques.
Avec « Génération Équitable », cette philosophie prend une dimension davantage opérationnelle.

Entrepreneuriat, leadership, littératie numérique, préparation à l’emploi et résilience mentale figurent au programme. Les bénéficiaires auront également accès à des bootcamps de quatre jours, à la plateforme JA DEEP, à JA Career Connect, au mentorat ainsi qu’à des connexions avec des hubs entrepreneuriaux.
De quoi rappeler une évidence parfois oubliée dans les bureaux climatisés : aujourd’hui, savoir utiliser un outil numérique, présenter son projet, comprendre les mécanismes de l’emploi ou développer une activité peut être aussi déterminant que posséder un certificat soigneusement rangé dans un tiroir.

Autour du ministre, plusieurs partenaires ont répondu présents. Vodacom, Rawbank à travers sa plateforme We Act, ainsi que l’ANADEC accompagnent cette initiative. Jean-Louis Mbaka, directeur général de Kadea Academy, a insisté sur la contribution du programme à l’autonomisation économique et au développement des compétences. Rita Masengo, responsable Mécénat et Engagement Sociétal de Rawbank, a pour sa part réaffirmé l’engagement de la banque en faveur de la jeunesse. Mathieu Tshibumbu Muboyayi, directeur général adjoint de l’ANADEC, a salué l’implication des différents acteurs.
Le témoignage de Mme Shako, lauréate de l’édition 2025, a apporté une touche plus humaine à la cérémonie. Pour elle, « Génération Équitable » est un programme sérieux et structurant. Elle a appelé les jeunes à saisir cette opportunité avec détermination.
Et c’est peut-être là que se trouve le véritable enjeu de la politique menée par Marc Ekila.

L’État peut construire des centres, lancer des programmes, mobiliser des partenaires et ouvrir des formations gratuites. Mais il ne peut pas apprendre à la place du jeune. La balle finit toujours par revenir dans son camp.
Depuis son arrivée au ministère, Ekila tente ainsi de faire de la formation professionnelle un outil de transformation sociale plutôt qu’une simple administration chargée de distribuer des attestations. Sa démarche met en avant les métiers, les compétences pratiques, l’employabilité et l’entrepreneuriat, avec l’idée de donner davantage de valeur à ceux qui savent faire quelque chose de leurs mains, de leur tête ou de leur ordinateur.

Le pari est ambitieux. Car former 6 000 jeunes est une chose ; faire en sorte qu’une partie d’entre eux deviennent effectivement entrepreneurs, salariés qualifiés, créateurs d’emplois ou acteurs économiques autonomes en est une autre. C’est là que le bilan réel du programme devra être jugé.
Pour l’heure, le ministre Ekila veut installer une nouvelle mentalité : celle d’une jeunesse qui ne se contente pas de demander « où est le travail ? », mais qui apprend aussi à répondre à la question « que puis-je créer ? ».

Dans un pays où le recrutement dans la fonction publique et les grandes entreprises ne pourra jamais absorber toute une génération, le message est probablement l’un des plus réalistes à adresser à la jeunesse congolaise. Encore faut-il que les formations débouchent sur de vraies opportunités, que l’accompagnement suive et que les compétences acquises puissent rencontrer un environnement économique capable de les faire prospérer.
En lançant « Génération Équitable », Marc Ekila Likombo poursuit donc son offensive sur un terrain où les discours sont nombreux mais où les résultats seront, eux, difficilement maquillables. Six mille jeunes gratuitement formés en trois ans : le compteur est lancé. Reste maintenant à voir combien de patrons sortiront réellement de cette génération annoncée comme « équitable ».

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