ExpoBéton 2026 : à Kinshasa, Victor Tumba veut des bâtisseurs qualifiés, pas seulement des chantiers
À la 12ᵉ édition d’ExpoBéton RDC, organisée du 7 au 10 octobre 2026 à Kinshasa, le directeur général de l’Office des voiries et drainage (OVD), Victor Tumba Tshikela, a plaidé pour la formation, la qualification et la certification des professionnels du bâtiment et des travaux publics (BTP). Au panel consacré aux référentiels des métiers du secteur, il a défendu une idée essentielle : pour construire des villes durables, la RDC doit investir autant dans les compétences humaines que dans le béton, les routes et les ouvrages d’assainissement. Car, dans un pays où les infrastructures sont souvent mises à rude épreuve, inaugurer un ouvrage est une chose, s’assurer qu’il résiste au temps en est une autre.
Le message du patron de l’OVD sonne comme un rappel à l’ordre dans un secteur où les ambitions de modernisation urbaine se heurtent parfois aux réalités du terrain. Topographes, conducteurs d’engins, techniciens du béton, spécialistes du drainage et agents de contrôle des matériaux : tous doivent disposer des compétences nécessaires pour garantir la qualité des travaux. Autrement dit, il ne suffit pas de mobiliser des machines et de dérouler du bitume pour prétendre transformer une ville. Encore faut-il que ceux qui construisent sachent ce qu’ils font, et que ceux qui contrôlent soient capables de vérifier. Le béton, lui, ne se laisse pas convaincre par les discours.

Pour professionnaliser les métiers du BTP, Victor Tumba Tshikela préconise la mise en place de référentiels clairs définissant les compétences attendues, les formations nécessaires et les modalités de certification. Cette démarche permettrait de mieux encadrer les recrutements, de reconnaître le savoir-faire des artisans expérimentés et de rapprocher les centres de formation des besoins des entreprises. L’OVD mise notamment sur les structures existantes, comme l’Institut national de préparation professionnelle (INPP), ainsi que sur les établissements techniques. L’objectif est de faire de la qualification autre chose qu’un simple papier rangé dans un dossier : une preuve concrète de la capacité à travailler selon les normes et les règles de sécurité.
Pour rapprocher la formation des réalités du terrain, le directeur général de l’OVD propose également des pôles régionaux équipés de laboratoires et de plateaux techniques, des centres de proximité, des unités mobiles et des chantiers-écoles. Il envisage une feuille de route sur trois ans, avec une première phase consacrée au diagnostic des métiers prioritaires et à l’élaboration de référentiels pilotes, suivie d’expérimentations, puis d’une évaluation et d’une extension des initiatives efficaces. Mais cette ambition nécessitera des financements durables, des équipements adaptés et une collaboration entre les pouvoirs publics, les entreprises et les organismes de formation. Car annoncer la création de centres est une étape ; leur fournir les moyens de fonctionner en est une autre.
Au-delà des propositions formulées à ExpoBéton 2026, l’enjeu est de faire émerger une expertise congolaise capable de construire, d’entretenir et de préserver les infrastructures nationales. Pour l’OVD, la modernisation des villes ne peut donc se limiter aux routes nouvellement construites ou aux caniveaux fraîchement aménagés : elle doit aussi reposer sur des professionnels compétents et reconnus. La pointe satirique est là : si les chantiers avancent plus vite que la formation des bâtisseurs, les villes risquent de payer demain le prix des insuffisances d’aujourd’hui. À Kinshasa comme ailleurs en RDC, le développement durable ne se mesure pas seulement à ce que l’on construit, mais aussi à la capacité de le faire durer. Francis Luende