Kinshasa face au défi électrique : les ambitions de la SNEL à l’épreuve de l’urgence

À Expo Béton 2026, le directeur général de la Société nationale d’électricité (SNEL S.A.), Teddy Lwamba, a présenté les pistes envisagées pour répondre au déficit électrique de Kinshasa, estimé à 1 200 MW. Entre nouveaux projets de production, modernisation du réseau et lutte contre la fraude, l’entreprise publique est confrontée à un défi majeur : transformer ses ambitions en résultats concrets pour les ménages et les entreprises.

Kinshasa grandit, mais son approvisionnement en électricité peine à suivre le rythme de son expansion. Au sixième panel de la troisième journée de la 12ᵉ édition d’Expo Béton, le 9 octobre 2026, Teddy Lwamba a dressé un état des lieux des difficultés énergétiques de la capitale. Le déficit annoncé de 1 200 MW illustre l’ampleur des besoins à satisfaire. Pour le patron de la SNEL, l’urgence impose d’agir sans attendre l’achèvement des grands projets structurants. Car derrière les coupures répétées se trouvent des ménages privés de confort, des entreprises confrontées à des charges supplémentaires et des activités économiques dont la productivité dépend d’une alimentation électrique fiable.

Pour combler progressivement cet écart, la SNEL mise notamment sur les partenariats public-privé, avec environ 246 MW supplémentaires envisagés à moyen terme, ainsi que sur la diversification des sources d’énergie. Parmi les projets évoqués figure un parc solaire d’environ 100 MW à Bandundu, développé avec le groupe norvégien Scatec, auquel pourraient s’ajouter des centrales flottantes fonctionnant au thermique avec des partenaires turcs. Ces initiatives ouvrent des perspectives, mais leur portée dépendra des délais de réalisation, des capacités réellement disponibles et des conditions de raccordement au réseau. Le coût de production, particulièrement pour les solutions thermiques, constituera également un facteur déterminant pour garantir la soutenabilité de ces investissements.

Produire davantage ne suffira toutefois pas si l’électricité ne parvient pas efficacement aux consommateurs. La modernisation des lignes, des postes et des transformateurs figure ainsi parmi les priorités présentées par le directeur général. Le passage de certaines installations de 6,6 kV à 20 kV doit notamment contribuer à renforcer les capacités de distribution dans les zones concernées. À Kinshasa, où l’urbanisation avance souvent sans planification suffisante, le développement du réseau nécessite également une meilleure coordination entre la SNEL et les autorités chargées de l’aménagement urbain. L’objectif est d’anticiper les besoins des nouveaux quartiers plutôt que d’intervenir uniquement lorsque les difficultés d’approvisionnement deviennent critiques.

Autre chantier : l’assainissement de la gestion commerciale et la protection des infrastructures. Les raccordements frauduleux, le vandalisme et les pertes d’électricité fragilisent les recettes nécessaires à l’entretien du réseau. Le programme annoncé de 110 000 compteurs à Kinshasa s’inscrit dans cette volonté d’améliorer le suivi de la consommation et la facturation. Mais la performance de cette initiative devra être appréciée à travers des résultats mesurables : compteurs effectivement opérationnels, réduction des pertes, amélioration du recouvrement et régularité de la desserte. Pour les consommateurs, la lutte contre la fraude doit aller de pair avec une meilleure qualité de service et une facturation transparente.

Au-delà des annonces, l’enjeu est désormais celui de l’exécution et de la transparence. Les projets présentés à Expo Béton 2026 pourraient contribuer à renforcer l’approvisionnement de la capitale, à condition que les investissements annoncés se traduisent par des capacités réellement mises en service et une distribution plus fiable. La publication régulière d’indicateurs sur les nouvelles capacités, les coûts, les délais des travaux et la fréquence des coupures permettrait de mesurer les progrès accomplis. Pour Kinshasa, l’électricité n’est pas seulement une question technique : elle constitue un levier essentiel de compétitivité, d’industrialisation et de développement urbain. La réussite de la stratégie de la SNEL se jugera donc moins au nombre de projets annoncés qu’à leur impact concret sur le quotidien des Congolais.

Francis Luende

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