Nord-Kivu : À Butembo, le bureau du gouverneur militaire Évariste Somo éclipse la mairie et alimente les critiques sur une administration parallèle
Par la rédaction centrale
Butembo, 14 août 2026 – La gouvernance urbaine de Butembo est de plus en plus contestée depuis l’installation d’un bureau de liaison du gouverneur militaire Évariste Somo Kakule dans cette ville commerciale stratégique du Grand Nord. Ce bureau, dirigé par l’abbé Paluku Kasolene Patrick, apparaît désormais comme le principal centre de décision pour plusieurs questions administratives et sécuritaires.
Réunions du comité urbain de sécurité, concertations avec les bourgmestres, suivi des dossiers administratifs et transmission des instructions provinciales : des prérogatives traditionnellement dévolues à la mairie semblent progressivement être exercées par cette structure parallèle. Dans les faits, la mairie de Butembo, dirigée par le commissaire supérieur principal Mowa Baeki-Telly dans le cadre de l’État de siège, se retrouve reléguée à un rôle essentiellement protocolaire.
Cette situation suscite des interrogations croissantes sur le respect de la chaîne administrative et sur les véritables centres de pouvoir dans la ville. Plusieurs acteurs locaux dénoncent une confusion institutionnelle qui fragilise davantage la gouvernance dans une région déjà éprouvée par l’insécurité persistante liée aux violences des groupes armés et au banditisme urbain.
Le débat est d’autant plus vif que l’abbé Paluku Kasolene Patrick, nommé le 8 mai 2025 conseiller du gouverneur chargé des relations avec la société civile, les mouvements citoyens, les groupes de pression et les initiatives d’autodéfense populaire, est mis en cause. Sa mission devait faire de lui un médiateur entre l’autorité et les citoyens. Plus d’un an après sa nomination, de nombreuses voix s’interrogent sur les résultats concrets de ce mandat.
Dans un contexte marqué par les arrestations de militants, les manifestations contre l’insécurité et la méfiance envers les institutions, plusieurs observateurs estiment qu’un conseiller chargé de la société civile devrait être un pont entre le pouvoir et la population, et non une figure cantonnée aux cérémonies officielles et aux intimidations contre les voix critiques à la gouvernance militaire de la province.
Au-delà des personnes, c’est la crédibilité même de l’État qui se trouve questionnée. L’État de siège avait été instauré pour restaurer l’autorité publique ; il ne devrait pas conduire au dédoublement des institutions locales ni à la marginalisation des autorités urbaines légalement établies.
À Butembo, une question revient désormais avec insistance dans les milieux politiques, citoyens et administratifs : « Qui gouverne réellement la ville de Butembo : le commissaire supérieur principal Roger Baeki-Telly, nommé par le président de la République, Félix Tshisekedi, ou l’abbé Patrick Kasolene, installé comme représentant en ville du gouverneur militaire Évariste Somo ? »