Rapport de l’agence Intelligence Économique : « Kinshasa ezokufa », Luis Pierre Bondoko interpelle Félix Tshisekedi et Judith Suminwa
L’agence Intelligence Économique a présenté, ce lundi 9 mars à l’hôtel Rotana de Kinshasa, son rapport stratégique intitulé « Kinshasa : crise et fragilité ».
Lors d’une conférence de presse, son directeur général, Luis Pierre Bondoko, a dressé un tableau préoccupant de la gouvernance urbaine de la capitale congolaise.
Fruit de six mois d’enquête et d’analyses, ce rapport met en lumière les dysfonctionnements structurels qui fragilisent la gestion de Kinshasa et interpelle directement les plus hautes autorités du pays, notamment le président Félix Tshisekedi, la Première ministre Judith Suminwa et le vice-Premier ministre chargé de l’Intérieur, Jacquemain Shabani.

Avec une population estimée à plus de 15 millions d’habitants, Kinshasa constitue le principal centre politique, économique et administratif de la République démocratique du Congo.
Cependant, selon le rapport, cette centralité s’accompagne de graves fragilités dans la gestion de l’espace urbain et des services publics, dans un contexte de croissance démographique rapide.
Des enjeux multiples
Le rapport souligne que la gestion de Kinshasa comporte plusieurs défis majeurs.
Sur le plan économique, la capitale concentre l’essentiel des flux financiers, des activités commerciales et des infrastructures stratégiques du pays. Toute défaillance dans sa gouvernance peut avoir des répercussions directes sur l’économie nationale.
Sur le plan social, la forte croissance démographique exerce une pression croissante sur les infrastructures urbaines et les services publics, notamment en matière de transport, d’assainissement, d’accès à l’eau et de voirie.
Sur le plan politique, chaque crise urbaine – inondations, embouteillages ou insalubrité – devient un test de crédibilité pour les autorités provinciales.

Des faiblesses structurelles de gouvernance
Le rapport identifie plusieurs facteurs à l’origine des difficultés actuelles.
La planification urbaine est jugée largement déficiente, avec une expansion rapide et souvent anarchique de nombreux quartiers, parfois dans des zones à risques.
La régulation foncière demeure faible, favorisant les occupations illégales et compliquant la mise en œuvre d’une politique cohérente d’aménagement urbain.
Le document pointe également une fragmentation institutionnelle entre les différents services et niveaux de décision, entraînant des chevauchements de responsabilités et ralentissant les interventions.
Par ailleurs, le suivi des marchés publics est limité, ce qui affecte la qualité et la durabilité des infrastructures réalisées.
La gestion budgétaire est souvent décrite comme réactive plutôt que stratégique, privilégiant les interventions d’urgence au détriment d’une planification à long terme.
Enfin, Kinshasa souffre d’un manque de systèmes d’information urbains et de cartographie des risques, ce qui limite les capacités d’anticipation face aux catastrophes, notamment les inondations.
À ces faiblesses s’ajoute une communication institutionnelle jugée défensive, qui réagit aux crises sans instaurer une relation de confiance durable avec la population.
Ces dysfonctionnements se traduisent par des problèmes récurrents qui affectent directement la qualité de vie des habitants.
Les inondations saisonnières deviennent de plus en plus fréquentes, notamment en raison du manque d’entretien des systèmes de drainage et de l’urbanisation non planifiée.
Les routes et infrastructures se dégradent rapidement, compliquant la mobilité et augmentant les coûts économiques.
Ces difficultés contribuent également à une érosion de la crédibilité institutionnelle et à une baisse du consentement fiscal, les citoyens percevant peu de retombées concrètes de leurs contributions.
Le rôle de l’exécutif provincial
Le rapport évoque également le rôle du gouverneur de Kinshasa, Daniel Bumba Lubaki, qui fait face à des critiques concernant le manque de coordination entre les services provinciaux et l’absence d’une vision stratégique claire pour la gestion de la ville.
Les services techniques provinciaux sont décrits comme étant sous-équipés et sous-financés, ce qui limite leur capacité d’intervention.
Selon les conclusions du rapport, l’absence d’une planification préventive réduit fortement la capacité de la ville à anticiper et gérer les crises urbaines.

Pour améliorer la gouvernance de la capitale, l’agence Intelligence Économique recommande plusieurs mesures prioritaires :
mettre en place une planification urbaine cohérente et prospective ;
renforcer la régulation foncière afin de mieux contrôler l’occupation des sols ;
améliorer la coordination institutionnelle entre les services publics ;
développer des systèmes d’information urbains et de cartographie des risques ;
instaurer une communication institutionnelle proactive et transparente.
Un appel aux plus hautes autorités
Au terme de sa présentation, le directeur général de l’agence Intelligence Économique, Luis Pierre Bondoko, a lancé un appel direct aux plus hautes autorités de l’État. Il a notamment interpellé le président de la République Félix Tshisekedi, la Première ministre Judith Suminwa ainsi que le vice-Premier ministre chargé de l’Intérieur Jacquemain Shabani, les invitant à engager une réforme profonde de la gouvernance urbaine de Kinshasa.
Selon lui, sans amélioration significative de la planification, de la coordination institutionnelle et de la gestion des ressources publiques, les crises urbaines risquent de s’intensifier, avec des conséquences directes sur la stabilité sociale et la crédibilité des institutions.
Times.cd