RDC : la démocratie sous pression, l’ADD-Congo de Prince Epenge dans la tourmente
Entre attaques dénoncées, militants blessés, menaces alléguées et responsables contraints à la clandestinité, le parti de Prince Epenge paie un lourd tribut à son engagement politique.
L’interpellation de son leader, alors qu’il s’apprêtait à se rendre à Rome, ravive les inquiétudes sur la liberté de manifester et les droits de l’opposition.
En République démocratique du Congo, la démocratie ne se mesure pas uniquement au nombre de partis politiques enregistrés ni à la fréquence des discours officiels sur l’État de droit. Elle se mesure également à la capacité d’un opposant à tenir une réunion, à organiser une manifestation ou à exprimer son désaccord sans craindre pour sa sécurité. C’est précisément sur ce terrain que les constats et les dénonciations de Human Rights Watch prennent une dimension particulièrement préoccupante.
Dans un communiqué rendu public le 9 juillet 2026, l’ONG affirme avoir vérifié et géolocalisé des vidéos montrant des membres de l’Action pour la Démocratie et le Développement au Congo (ADD-Congo) défendant leur siège contre des attaques attribuées à des membres de la Force du Progrès, un mouvement proche du pouvoir.
Les images révèlent également des débris et des vitres brisées au sol du bâtiment, ainsi qu’une femme visiblement blessée dans les bureaux de l’Alliance pour le Changement (ACH). Des dégâts matériels sont aussi visibles au siège des Forces novatrices pour l’union et la solidarité (FONUS).
Ces éléments viennent jeter une ombre sur le climat politique à Kinshasa et relancent le débat sur la protection des acteurs de l’opposition.
Depuis plusieurs mois, les responsables de cette formation politique et leurs alliés de Lamuka font état d’incidents violents visant leurs militants. Réunions perturbées, agressions physiques, dégradations de biens et menaces figurent parmi les faits dénoncés. Autant d’événements qui alimentent les interrogations sur les conditions d’exercice des libertés politiques dans la capitale congolaise.
Pour rappel, le 23 février 2025, une réunion politique de l’ADD-Congo organisée à Kingabwa, dans la commune de Limete, avait été perturbée par des individus présentés comme étant armés de machettes. Le parti avait alors fait état de plusieurs militants blessés et de matériel endommagé. Des personnes présentées comme proches de la « Force du Progrès » avaient été mises en cause par l’opposition.
Le 16 février 2026, un nouvel épisode avait été dénoncé au siège de l’ADD-Congo, situé sur l’avenue de l’Enseignement, dans la commune de Kasa-Vubu. Selon des déclarations rapportées par la presse indépendante, des militants ont été agressés et des biens endommagés autres emportés. Prince Epenge avait également rencontré des difficultés pour quitter les lieux, avant une intervention de la police.
Les inquiétudes se sont davantage accentuées avec le décès de Manassé Lomboto Bomengola, cadre de l’ADD-Congo, à la suite de violences signalées en septembre 2026, en marge d’une mobilisation de la Coalition Article 64. Selon les informations rapportées par la presse, ce militant avait été grièvement blessé, notamment à la tête. Son décès a conduit le parti à réclamer que les circonstances du drame soient élucidées et que les responsabilités soient établies.
Le 13 octobre 2026, Radio Okapi a rapporté les préoccupations de l’ADD-Congo concernant la lenteur de l’enquête judiciaire. Le parti demandait que toute la lumière soit faite sur cette affaire. Les accusations formulées dans ce dossier doivent néanmoins être examinées par les autorités compétentes, seules habilitées à établir les responsabilités individuelles.
Autre situation préoccupante évoquée par l’entourage du parti et des organisations de défense des droits humains : celle de Mme Pierrette Atusameso Kizika, vice-présidente de la Ligue des femmes de l’ADD-Congo. Selon les informations communiquées par ses proches, elle est portée disparue depuis environ deux ans, après avoir été contrainte de quitter la RDC dans un contexte marqué par des craintes pour sa sécurité. Ses proches ainsi que certains membres de sa famille font également l’objet de menaces.
À ces épisodes s’ajoute désormais l’interpellation de Prince Epenge, qui soulève de nouvelles interrogations sur le respect des libertés politiques et des procédures judiciaires en RDC.
Le président de l’ADD-Congo et porte-parole de la Coalition Article 64 avait été empêché d’embarquer sur un vol à destination de Rome, où il devait se rendre en compagnie de Martin Fayulu et de Moïse Kasekwa, dans le cadre des activités de cette coalition, dont des responsables avaient précédemment tenu une réunion dans la capitale italienne.
Son passeport a été confisqué avant qu’il ne soit conduit vers une destination que sa défense affirme ne pas connaître. Son avocat, Me Clément Muza Kayembe, dénonce les conditions de cette interpellation et affirme que son client n’a pas été présenté devant un juge.
« Franchement, ceux qui sont aujourd’hui au pouvoir ne respectent rien. Aucune procédure n’a jamais été respectée, alors qu’il s’agit d’un opposant. Quelles sont les garanties que nous pouvons avoir au niveau de la justice ? Il n’a pas été présenté devant un juge. Nous exigeons purement et simplement la libération de Prince Epenge », a déclaré l’avocat.
Ces propos traduisent les préoccupations de la défense, qui réclame des éclaircissements sur le lieu où se trouve l’opposant, les motifs de son interpellation ainsi que les garanties légales dont il bénéficie. Des explications officielles sont attendues afin que les circonstances de cette affaire puissent être établies avec précision.
L’accumulation de ces dénonciations pose une question fondamentale : quelle place reste-t-il à l’opposition lorsque ses militants affirment être victimes de violences, que certains responsables disent craindre pour leur sécurité et que leur leader se retrouve privé de liberté dans des circonstances contestées par son avocat ?
Proclamer la démocratie au sein des institutions tout en laissant planer des inquiétudes sur la sécurité de ceux qui contestent les choix du pouvoir constitue un paradoxe difficile à ignorer. Une démocratie vivante ne se reconnaît pas à l’absence d’opposition, mais à la place qu’elle lui garantit, y compris lorsqu’elle dérange.
La liberté de manifester, la sécurité des acteurs politiques et le droit de contester les autorités ne sont pas des privilèges réservés à une majorité ou à une opposition. Ce sont des droits fondamentaux. La justice est donc attendue sur un terrain précis : établir les faits, identifier les éventuels auteurs et garantir le respect des droits de toute personne privée de liberté.
Car, au fond, le véritable test démocratique ne consiste pas seulement à savoir si le pouvoir tolère les applaudissements. Il consiste aussi à vérifier s’il protège ceux qui choisissent de dire non. Et lorsqu’un opposant est empêché de voyager, que son passeport est retenu et que son avocat affirme ignorer où il se trouve, la transparence des autorités devient une exigence incontournable.
Rédaction