Tony Mwaba : ce que je pense du dialogue

Plus de 40 dialogues en RDC. Presque toujours les mêmes acteurs autour de la table, les mêmes négociations politiques, les mêmes compromis et, trop souvent, le même résultat : partage du pouvoir, résolutions importantes reléguées au second plan, puis oubliées, pendant que les problèmes structurels du pays demeurent.

Alors, pourquoi recommencer exactement de la même manière ?

Cette fois, le Président de la République, Félix-Antoine Tshisekedi, propose une approche différente : que le dialogue ne commence pas seulement entre responsables politiques à Kinshasa, mais d’abord par des consultations à la base, afin que les Congolais puissent eux-mêmes exprimer leurs préoccupations et leurs desiderata avant le grand forum national.

Sur ce point précis, je tiens à féliciter le Président de la République pour cette formule. Donner préalablement la parole au peuple est une approche que je trouve pertinente. Si nous voulons réellement parler d’un dialogue inclusif, l’inclusivité ne devrait pas se limiter aux partis politiques, aux institutions et à quelques personnalités : elle devrait commencer par le souverain primaire lui-même.

Et curieusement, certains qui réclament un « dialogue inclusif » s’opposent à cette démarche.

Mais inclusif de qui ?

Depuis quand quelques responsables politiques, de la majorité comme de l’opposition, peuvent-ils à eux seuls incarner l’ensemble du peuple congolais ?

Et surtout, quelle est la preuve que la seule participation au dialogue d’un groupe d’opposants suffirait à mettre fin à la présence rwandaise et de ses supplétifs sur notre territoire ?

Si le véritable problème est sécuritaire et concerne notamment la souveraineté et l’intégrité territoriale de la RDC, en quoi la présence de quelques opposants supplémentaires autour d’une table à Kinshasa constituerait-elle, à elle seule, une solution ?

Et si, au bout du compte, la solution proposée devait encore être un partage du pouvoir, les Congolais seraient en droit de poser cette question : était-ce réellement le remède à la crise ou était-ce, depuis le départ, l’objectif politique recherché par certains ?

Notre histoire récente devrait justement nous rendre prudents.

Les différents processus de paix et dialogues ont aussi laissé des héritages lourds. Les politiques de brassage et de mixage des forces, notamment l’intégration d’anciens groupes armés au sein des FARDC, ont posé de sérieux problèmes de cohésion, de commandement et de loyauté dans notre appareil militaire.

Nous devons tirer les leçons de cette expérience au lieu de reproduire indéfiniment les mêmes mécanismes.

Ne dit-on pas que les mêmes causes produisent les mêmes effets ?

Il faut également avoir le courage de poser une autre question : jusqu’à quand la violence armée pourra-t-elle apparaître comme un raccourci vers le pouvoir en RDC ?

Quel message envoyons-nous aux générations futures si ceux qui échouent à obtenir le pouvoir par les urnes peuvent prendre les armes, endeuiller nos compatriotes, participer au pillage ou à la déstabilisation du pays, puis espérer retrouver une place dans les institutions à la faveur d’un nouveau dialogue politique ?

Pourquoi la République devrait-elle continuellement donner l’impression de récompenser la violence armée ?

Ce cycle doit prendre fin.

La démocratie perd son sens si le bulletin de vote devient moins efficace pour accéder au pouvoir que la capacité de nuisance politique ou militaire.

Et c’est précisément pour cette raison que le peuple doit être au centre de toute réflexion sur l’avenir du pays.

Si le dialogue doit déterminer des solutions pour l’avenir de la RDC, pourquoi le Congolais de Goma, Beni, Bukavu, Kisangani, Kananga, Mbandaka, Lubumbashi, Matadi ou Kikwit ne devrait-il pas avoir son mot à dire ?

Le peuple ne peut pas être souverain uniquement lorsqu’on lui demande de descendre dans la rue.

On ne peut pas invoquer le peuple lorsqu’il faut manifester, puis considérer sa consultation comme inutile lorsqu’il faut discuter de l’avenir du pays.

Voilà la contradiction que chaque Congolais devrait regarder attentivement.

Avant de répondre à un mot d’ordre politique, posons-nous quelques questions simples : pourquoi refuse-t-on que ma voix soit d’abord entendue ? Pourquoi certains veulent-ils parler à ma place ? Quels intérêts défendent-ils réellement lorsqu’ils prétendent agir en mon nom ?

Le peuple congolais n’est ni la propriété de la majorité ni celle de l’opposition. Il est le souverain primaire.

Qu’on le consulte.

Qu’on l’écoute.

Et ensuite, que ceux qui prétendent le représenter viennent au dialogue avec ses préoccupations, et non uniquement avec leurs ambitions politiques.

On ne peut pas réclamer l’inclusivité et avoir peur de la voix de celui qu’on prétend inclure : le peuple.

La RDC doit surtout sortir définitivement de cette logique dangereuse :

Les élections pour accéder au pouvoir.
Les armes pour contourner les élections.
Le dialogue pour récompenser les armes.

Si nous ne brisons pas ce cycle aujourd’hui, quel précédent laisserons-nous aux générations futures ?

Question pour un champion !

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