Formation professionnelle : Marc Ekila Likombo défend une nouvelle architecture du capital humain en RDC
Face à l’exigence croissante de redevabilité qui accompagne la première année du Gouvernement Suminwa II, le ministre de la Formation professionnelle, Marc Ekila Likombo, a livré un bilan placé sous le signe de la réforme, de la qualification de la main-d’œuvre et de l’insertion des jeunes.
Invité aux côtés de la ministre de la Jeunesse à cet exercice gouvernemental, il a exposé les principales mesures engagées pour faire de la formation professionnelle un instrument à part entière de transformation économique et sociale de la République démocratique du Congo.

Longtemps rattachée au ministère de l’Enseignement primaire, secondaire et technique (EPST), la Formation professionnelle s’est progressivement affirmée comme un secteur autonome. Près d’une décennie après cette émancipation institutionnelle, Marc Ekila Likombo entend désormais lui conférer une portée stratégique : celle de préparer une main-d’œuvre qualifiée, immédiatement opérationnelle et en adéquation avec les mutations de l’économie congolaise.
Le déficit de compétences, un frein à la compétitivité
Pour le ministre, la question de la qualification de la main-d’œuvre figure parmi les défis structurels auxquels le pays doit impérativement s’attaquer. Les difficultés régulièrement soulevées par les employeurs concernant le niveau de préparation des travailleurs congolais traduisent, selon lui, un décalage persistant entre les formations dispensées et les compétences effectivement recherchées sur le marché du travail.
C’est précisément pour réduire cette fracture que le ministère s’est doté, pour la première fois, d’une Politique nationale de formation professionnelle couvrant dix années. Ce cadre stratégique se veut une véritable boussole pour le secteur, avec pour ambition d’assurer une meilleure planification des formations et leur articulation avec les besoins réels de l’économie nationale.
L’objectif affiché est clair : rompre avec une formation professionnelle conçue en vase clos et l’inscrire dans une logique d’anticipation des besoins en compétences.
« 145 territoires de la formation professionnelle »
rapprocher l’offre des réalités locales
Parmi les innovations mises en avant figure le document intitulé « 145 territoires de la formation professionnelle ».
L’initiative repose sur une cartographie des métiers et des compétences à promouvoir dans chacun des 145 territoires que compte la RDC.
Au-delà de sa dimension administrative, cette démarche entend répondre à une problématique profondément sociale : celle de l’exode des jeunes vers les grandes agglomérations à la recherche d’opportunités professionnelles.
En rapprochant les dispositifs de formation des réalités économiques locales, le gouvernement souhaite créer les conditions permettant aux jeunes de se former, d’entreprendre et, surtout, de travailler dans leurs propres territoires.
Cette orientation s’accompagne d’un programme de construction de centres publics de formation professionnelle à travers le pays. Si les établissements privés demeurent, aux yeux du ministre, des partenaires incontournables, l’État doit néanmoins disposer de ses propres infrastructures pour garantir une offre accessible, régulée et adaptée aux spécificités de chaque territoire.
Le secteur minier, laboratoire d’une bataille pour les compétences
La question de la main-d’œuvre qualifiée prend une dimension particulière dans le secteur minier, l’un des moteurs de l’économie congolaise. Marc Ekila Likombo déplore la faible représentation des travailleurs congolais dans plusieurs métiers spécialisés, alors que des professionnels venus notamment d’Afrique du Sud, du Zimbabwe ou encore d’Éthiopie occupent certains postes techniques.
Pour inverser cette tendance, le ministère multiplie les partenariats avec les acteurs économiques. Le ministre a notamment cité la collaboration avec HP et la commune de Dilala, dans le Lualaba, qui a conduit à l’inauguration d’un premier centre public moderne de formation professionnelle dans ce cadre.
Parallèlement, plusieurs centres de formation relevant d’entreprises minières ont été intégrés au mécanisme d’agrément et de suivi du ministère. L’enjeu est double : garantir la qualité des formations dispensées et permettre à l’État de disposer d’une meilleure visibilité sur les compétences développées au sein de ces structures.
Plus de 7 000 dépendants de militaires et de policiers formés
La politique du ministère comporte également un volet social. Plus de 7 000 dépendants de militaires et de policiers auraient ainsi bénéficié d’une formation professionnelle.
Cette initiative vise à renforcer l’autonomie économique des familles de ceux qui, selon les orientations du chef de l’État, concourent à la défense de l’intégrité territoriale du pays. À travers cette politique, la formation professionnelle se présente aussi comme un instrument de résilience sociale et de soutien aux ménages.
De la formation à l’accompagnement entrepreneurial
Autre inflexion majeure : le ministère affirme vouloir dépasser le simple modèle de formation en privilégiant désormais l’accompagnement vers l’activité économique.
Environ 800 jeunes ont déjà bénéficié d’un accompagnement dans le cadre du dispositif provisoire associé au futur centre de Mombele.
L’expérience constitue, selon Marc Ekila Likombo, l’amorce d’un modèle intégrant plusieurs maillons jusque-là souvent dissociés : apprentissage, insertion professionnelle et accompagnement entrepreneurial.
Cette approche traduit une volonté de mesurer l’efficacité de la formation non plus seulement à l’aune du nombre de personnes formées, mais également à leur capacité à accéder à un emploi ou à créer leur propre activité.
La VAE pour donner une valeur officielle aux savoir-faire
L’un des chantiers les plus significatifs concerne par ailleurs la valorisation des acquis de l’expérience (VAE). Pour le ministre, la RDC ne manque pas nécessairement de compétences ; elle souffre surtout de l’insuffisance des mécanismes permettant de les reconnaître officiellement.
La VAE entend précisément combler cette lacune. Elle offre à des personnes ayant acquis un métier par l’expérience, sans nécessairement passer par le parcours scolaire ou professionnel classique, la possibilité de faire évaluer et certifier leurs compétences.
Des jurys ont été constitués avec la participation des organisations patronales, parmi lesquelles la Fédération des entreprises du Congo (FEC) et l’Association nationale des entreprises du portefeuille (ANEP). Plus de 22 000 personnes se seraient déjà inscrites dans ce processus.
L’enjeu est considérable dans un pays où une importante partie des savoir-faire se transmet encore en dehors des circuits formels de formation.
Numérique, intelligence artificielle et métiers verts : préparer l’économie de demain
La réforme entend également accompagner l’émergence de nouveaux métiers. Le ministère prévoit ainsi la création d’académies et d’écoles technologiques consacrées notamment au numérique, à l’intelligence artificielle, à l’ingénierie, à l’informatique, à la transition écologique et aux métiers verts.
L’accès à ces structures est envisagé à partir du niveau D6, correspondant au baccalauréat.
L’ambition est de constituer des filières suffisamment spécialisées pour répondre aux exigences d’une économie en pleine mutation technologique et environnementale.
À Matadi, une première expérience est déjà en cours avec un partenaire du secteur portuaire. Une cohorte de plus de 40 jeunes, du niveau G3, y est formée aux métiers portuaires et aux activités maritimes.
Faire de la compétence un moteur du développement
À travers cette série de réformes et d’initiatives, Marc Ekila Likombo défend une conception renouvelée de la formation professionnelle : non plus comme une simple voie parallèle au système éducatif classique, mais comme un levier stratégique de développement économique, d’employabilité et de transformation sociale.
La véritable ambition consiste désormais à faire émerger une main-d’œuvre congolaise à la fois qualifiée, certifiée, compétitive et en phase avec les besoins du tissu productif national.
Dans un pays où les opportunités économiques demeurent considérables mais où l’accès aux compétences spécialisées constitue encore un goulot d’étranglement, le défi dépasse donc la seule construction de centres de formation. Il s’agit de bâtir un écosystème capable de relier durablement formation, certification, emploi et entrepreneuriat.
C’est à cette condition que la formation professionnelle pourra pleinement jouer son rôle dans la constitution du capital humain dont la RDC a besoin pour transformer ses potentialités économiques en croissance inclusive et durable.
Francis Luende