RDC-Tribune : du retour des Léopards au Conseil de sécurité, la revanche d’une nation qui refuse l’effacement
(Hon. Alain Lubamba wa Lubamba Expert Senior en Gouvernance Publique et Diplomatie Économique)
« La politique internationale est une lutte permanente pour l’influence. » — Hans Morgenthau
Il est des moments où l’Histoire cesse d’être une simple succession d’événements pour révéler une trajectoire. L’année 2026 est indéniablement de ceux-là pour la République Démocratique du Congo.
En l’espace de quelques semaines, la RDC s’est retrouvée au cœur de deux des plus grandes scènes mondiales. D’un côté, les Léopards ont retrouvé la Coupe du monde, 52 ans après la participation historique du Zaïre en 1974. De l’autre, le pays assume, 35 ans plus tard, la présidence tournante du Conseil de sécurité des Nations Unies, l’organe le plus influent et prestigieux de la gouvernance mondiale en matière de paix et de sécurité.

À première vue, rien ne rapproche un terrain de football d’une salle de délibération diplomatique à New York. Pourtant, ces deux événements racontent une seule et même histoire : celle d’une nation qui refuse l’effacement et réaffirme progressivement sa place dans les espaces où se dessinent les grands équilibres du monde.
- DU TERRAIN DE FOOTBALL À L’ARÈNE DIPLOMATIQUE
Pendant longtemps, la République Démocratique du Congo a davantage été perçue comme le théâtre des rivalités internationales que comme un acteur capable d’influencer son propre destin. Les conflits armés, les crises humanitaires, les convoitises sur ses ressources stratégiques et les ingérences extérieures ont trop souvent éclipsé une réalité fondamentale : la RDC est l’un des États les plus déterminants pour les équilibres géopolitiques, économiques et environnementaux du XXIᵉ siècle.
Dans ce contexte, le retour des Léopards sur la scène mondiale dépasse largement le cadre sportif. Pour un peuple éprouvé par les crises sécuritaires, sociales et humanitaires, le maillot national est redevenu un langage commun et un puissant facteur de cohésion. Le football rappelle qu’une nation ne se construit pas uniquement par ses institutions ; elle se nourrit également d’émotions collectives, de fierté retrouvée et de confiance en l’avenir.
Mais c’est sur le terrain diplomatique que ce renouveau prend toute sa portée stratégique.
En prenant les rênes du Conseil de sécurité des Nations Unies, la RDC retrouve une responsabilité qu’elle n’avait plus exercée depuis février 1991. Certes, cette présidence est tournante, limitée à un mois et ne confère aucun droit de veto. Elle place néanmoins Kinshasa au centre des débats internationaux sur la paix, la sécurité, les conflits, la coopération internationale et les grandes décisions qui façonnent l’ordre mondial.
Surtout, cette responsabilité ne constitue pas un fait isolé. Élue membre non permanent du Conseil de sécurité pour la période 2026-2027 avec un soutien quasi unanime de la communauté internationale, soit183 voix sur 187 votants, la RDC exercera cette présidence à deux reprises : une première fois en juillet 2026, puis une seconde fois en novembre 2027. Deux occasions historiques, en moins de deux ans, de fixer l’ordre du jour des travaux du Conseil, de conduire les débats et de porter les priorités diplomatiques de la RDC et du continent africain au plus haut niveau ainsi que les grands enjeux mondiaux du moment.
- UN PIVOT MONDIAL INCONTOURNABLE
Cette responsabilité internationale intervient à un moment charnière.
Alors même qu’elle fait face à une agression persistante dans sa partie orientale par le Rwanda, la RDC s’impose paradoxalement comme une réponse indispensable à plusieurs des grands défis de l’humanité : acteur majeur de la transition énergétique grâce à ses minerais critiques, poumon écologique de la planète à travers le bassin du Congo, réserve exceptionnelle de biodiversité et facteur essentiel de stabilité géopolitique en Afrique centrale.
Autrement dit, la RDC n’est plus seulement un pays auquel le monde s’intéresse ; elle devient progressivement un pays dont le monde ne peut plus se passer.
Cette évolution s’inscrit pleinement dans la vision du Président de la République, Félix-Antoine TSHISEKEDI TSHILOMBO, qui affirme avec constance que la paix dans l’Est de la RDC ne constitue pas uniquement une exigence nationale, mais un impératif pour la stabilité régionale et internationale. Son appel en faveur d’une paix juste, durable et vérifiable traduit une conviction profonde : aucune prospérité durable ne peut être bâtie sur l’insécurité, l’impunité ou l’exploitation illégale des ressources naturelles de la République Démocratique du Congo.
Comme le rappelait Henry Kissinger, « la diplomatie est l’art de retenir la puissance ». Pour la RDC, cette pensée signifie qu’il ne suffit plus de disposer d’immenses richesses naturelles ; il faut désormais les transformer en influence, en crédibilité, en capacité de convaincre et en partenariats stratégiques.
À cet égard, un célèbre proverbe africain résonne avec une force particulière : « Tant que les lions n’auront pas leurs propres historiens, les récits de chasse glorifieront toujours le chasseur. » Aujourd’hui, la RDC refuse que d’autres écrivent son histoire à sa place. Elle entend désormais produire son propre récit, défendre ses intérêts avec constance et faire entendre sa voix dans les grandes décisions qui engagent son avenir.
- LE DÉFI DU LEADERSHIP : UNIR QUATRE DIMENSIONS
Pour consolider ce retour au premier plan, la République Démocratique du Congo doit désormais articuler quatre piliers stratégiques :
- Le sport, pour la visibilité ;
- La diplomatie, pour l’influence ;
- L’économie, pour la puissance ;
- La gouvernance, pour la crédibilité.
Le véritable défi consiste à réunir ces quatre dimensions afin de transformer le potentiel congolais en un leadership continental durable.
La qualification des Léopards et la présidence du Conseil de sécurité ne sont ni des accidents de l’histoire ni de simples succès circonstanciels. Elles constituent les manifestations visibles d’une nation qui aspire à passer du statut d’objet des relations internationales à celui d’acteur capable d’en influencer les orientations.
La véritable victoire ne se mesurera ni au prestige d’un mois de présidence à New York ni à l’émotion d’une participation à la Coupe du monde.
Elle résidera dans la capacité de la RDC à transformer sa visibilité en influence, son influence en développement, son développement en prospérité partagée et cette prospérité en une paix durable pour tous les Congolais.
C’est à cette condition que l’Histoire retiendra 2026 non comme une simple année de symboles, mais comme le moment où la République Démocratique du Congo aura commencé à reprendre durablement sa place légitime au cœur des équilibres du monde.