RDC : un pouvoir complice face aux spoliations foncières orchestrées au sein de l’administration

Armel Langanda

En République démocratique du Congo, la question foncière s’est transformée en une véritable bombe sociale. Derrière les expulsions musclées, les titres immobiliers annulés du jour au lendemain et les parcelles attribuées à de nouveaux bénéficiaires, se dessine l’ombre d’un système bien structuré.

Au premier rang figurent les conservateurs des titres immobiliers, supposés garantir la sécurité juridique des propriétés. Dans de nombreux cas, ils sont accusés d’établir des certificats en double, de valider des mutations controversées ou de fermer les yeux sur des irrégularités flagrantes. Les archives foncières deviennent alors un terrain propice aux manipulations administratives.

Les agents du cadastre, responsables de la délimitation et de l’identification des parcelles, sont également au centre des soupçons. Changements inexpliqués de plans cadastraux, superpositions de numéros, bornages contestés : autant de pratiques qui facilitent la dépossession silencieuse des propriétaires légitimes.

Du côté des services de l’Urbanisme et Habitat, la délivrance sélective de permis de construire et d’autorisations d’occupation renforce l’impression d’un système à deux vitesses. Certains dossiers avancent avec une célérité étonnante lorsqu’ils concernent des personnalités influentes, tandis que les citoyens ordinaires se heurtent à des blocages administratifs interminables.

Mais le problème ne s’arrête pas à ces services techniques. Des accusations récurrentes évoquent l’implication de ministres, de hauts gradés, ainsi que d’officiers de police et de l’armée, soupçonnés d’user de leur influence ou de leur pouvoir coercitif pour sécuriser des terrains litigieux. Des expulsions seraient parfois exécutées sous protection armée, donnant à des conflits civils une tournure intimidante.

Le rôle de certains magistrats soulève également des interrogations. Des décisions judiciaires contradictoires, des jugements rendus en urgence ou des dossiers qui disparaissent alimentent les doutes sur l’indépendance et l’impartialité de la justice dans certaines affaires foncières sensibles.

Face à cette chaîne d’implications, la responsabilité politique devient inévitable. L’absence de sanctions visibles, la rareté des enquêtes abouties et le silence persistant des autorités renforcent le sentiment d’une tolérance systémique. La spoliation foncière apparaît alors non plus comme une série d’actes isolés, mais comme le symptôme d’une gouvernance fragilisée.

Dans un pays où la terre représente à la fois richesse, sécurité et dignité, la crise foncière révèle une fracture profonde entre les institutions et les citoyens. Sans réforme structurelle, sans transparence dans la gestion des titres et sans réelle volonté politique de démanteler les réseaux d’influence, la confiance dans l’État continuera de s’éroder.

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