Mbujimayi : une cérémonie de foi, un bilan et une demande de lumière

À Mbujimayi, la foi a occupé le devant de la scène ce dimanche 30 août 2026, mais les préoccupations du quotidien ont rapidement trouvé leur place dans les échanges. En prenant part à la cérémonie de dédicace de la Paroisse universitaire Notre-Dame de l’Espérance, le président de la République, Félix-Antoine Tshisekedi, a partagé avec les fidèles un moment de célébration eucharistique placé sous le signe de la foi, de la communion et du recueillement.

La Paroisse universitaire Notre-Dame de l’Espérance (PUNDE) et le Sanctuaire Notre-Dame du Balai, initiés par l’abbé Blaise Kanda, forment un imposant complexe pastoral de 1 300 places. Une capacité qui laisse penser que, pour accueillir les grandes espérances du Grand Kasaï, il fallait au moins prévoir suffisamment de sièges.

Mais au-delà des chants, des prières et des rites liturgiques, la cérémonie a surtout donné lieu à un autre exercice : celui du bilan et des doléances. L’évêque du diocèse de Mbuji-Mayi, Mgr Bernard-Emmanuel Kasanda Mulenga, a saisi l’occasion pour saluer les efforts du chef de l’État depuis son accession à la magistrature suprême, tout en dressant, avec une certaine franchise, la liste des attentes de la région.

Le prélat a d’abord reconnu les initiatives engagées à travers le pays. Corridor de Lobito, rocade de Kinshasa, axe Kisangani-Beni-Bunia, projets transfrontaliers avec l’Ouganda, routes Kananga-Kalambambuji, Kasumbalesa-Manono, RN1-Ouest, RN2 et RN42 : le catalogue est long. À entendre l’évêque, les chantiers sont nombreux et devraient contribuer à désenclaver les provinces et à renforcer leur intégration économique.
« C’est ici pour moi l’occasion de saluer, avec une sincère reconnaissance, les efforts que vous fournissez jour et nuit en faveur du développement de notre pays et de nos provinces », a déclaré Mgr Kasanda Mulenga.

Le Programme de développement local des 145 territoires n’a pas non plus été oublié. L’évêque a salué les projets à impact visible, porteurs, selon lui, d’espoir pour les populations en matière d’infrastructures et de services essentiels.
Mais à Mbuji-Mayi, une question semble avoir le don de ramener tout le monde sur terre : l’électricité. Car les routes peuvent être construites, les projets annoncés et les infrastructures inaugurées, encore faut-il pouvoir faire fonctionner les machines.

Sur ce terrain, le constat de l’évêque est sans détour. Le développement industriel et agricole du Grand Kasaï reste largement dépendant d’une fourniture électrique suffisante, stable et accessible.
« Le Grand Kasaï demeure encore dans l’attente d’une étincelle qui mettra le feu à son potentiel », a-t-il lancé, évoquant l’énergie électrique comme condition indispensable à la réalisation des grands projets structurants.

Une étincelle, voilà peut-être le mot qui résume le mieux le paradoxe énergétique de la région. Le potentiel est là, les ambitions aussi, mais le courant, lui, semble parfois préférer la discrétion.
Mgr Kasanda Mulenga a notamment pointé du doigt la centrale hydroélectrique de Tubi Tubidi, dont la production serait actuellement limitée à environ 3 mégawatts pour Mbuji-Mayi. Une puissance jugée insuffisante au regard des besoins de la ville et de ses ambitions de développement.

L’arrêt de la SACIM suscite également des inquiétudes. Pour l’évêque, cette situation pourrait compliquer davantage l’approvisionnement énergétique de la ville si les infrastructures existantes ne sont pas correctement entretenues.
Le prélat n’a toutefois pas manqué de saluer les avancées enregistrées dans la réalisation du projet hydroélectrique de Katende. Mais, visiblement, une seule centrale ne saurait suffire à éclairer toutes les espérances du Grand Kasaï.

D’où son appel au président de la République en faveur de la construction de la centrale de Tubi Tubidi. Une demande formulée avec le respect dû à la fonction présidentielle, mais suffisamment claire pour ne laisser planer aucun doute sur l’urgence ressentie localement.
« C’est pourquoi, tout en saluant les avancées dans la réalisation du grand projet de Katende, les fils et les filles du Grand Kasaï vous demandent respectueusement de considérer la construction de la centrale hydroélectrique de Tubi Tubidi », a déclaré Mgr Kasanda Mulenga.

Ainsi, à la PUNDE, la cérémonie religieuse aura finalement permis de joindre le ciel et la terre : les prières pour les âmes, et les plaidoyers pour les routes, les barrages et les mégawatts. Une manière, peut-être, de rappeler que même lorsqu’on parle d’espérance, il est difficile de faire l’économie de l’électricité.

À Mbujimayi, le message semble donc tenir en une formule simple : le Grand Kasaï ne manque ni de foi, ni de projets, ni de potentiel. Il lui faudrait désormais surtout suffisamment de courant pour que tout cela puisse fonctionner.

Francis Luende

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