Haut-Katanga : le changement de leadership à l’Environnement au cœur des interrogations
Lubumbashi — Le changement intervenu à la tête de la Coordination provinciale de l’Environnement et du Développement durable dans le Haut-Katanga suscite des réactions au sein de cette administration.
Alors que l’ancien coordonnateur provincial, Jean-Pierre Ilunga Ngwej, a été muté à Kinshasa pour poursuivre sa carrière au sein de l’administration centrale, un nouveau leadership se met progressivement en place dans la province.
Le choix porté sur Lucien Nkulu, nouveau Coordonnateur provincial, appelé à exercer les responsabilités de chef de division et à assurer le nouveau leadership provincial, intervient dans un contexte où certains chefs de bureau semblent éprouver des difficultés à s’adapter à cette nouvelle configuration.
Lucien Nkulu : un cadre qui a gravi les échelons
Contrairement à certaines présentations qui pourraient laisser croire que le nouveau responsable serait arrivé directement à un poste élevé, des informations recueillies par notre rédaction indiquent que Lucien Nkulu est un ancien de l’administration environnementale.
Engagé en 2002, il a commencé sa carrière comme simple agent avant de gravir progressivement les différents échelons de l’administration jusqu’à atteindre le cadre de chef de division.
Son parcours constitue donc, selon plusieurs observateurs, un parcours interne construit au fil des années et de l’expérience professionnelle.
Dès lors, une question se pose : pourquoi certains chefs de bureau manifestent-ils des réserves face à ce nouveau leadership ?
Pourquoi certains cadres souhaitent-ils le retour de l’ancien coordonnateur ?
Selon plusieurs agents interrogés par notre rédaction, dont nous taisons volontairement les noms pour des raisons de protection des sources, certains responsables souhaitent voir l’ancien coordonnateur provincial revenir aux commandes.
Ces agents s’interrogent sur les motivations de cette position.
Pour eux, le changement de responsable devrait normalement être l’occasion pour tous les cadres et agents de travailler ensemble, dans un esprit de collaboration, de transparence et de respect de la hiérarchie.
Le nouveau responsable étant lui-même issu de cette administration et ayant progressivement gravi les échelons, ces agents estiment qu’il ne devrait pas être considéré comme un étranger au fonctionnement du service.
La question centrale est donc celle-ci : pourquoi certains cadres ont-ils du mal à digérer le choix porté sur Lucien Nkulu par Mme la Ministre ?
*Des interrogations sur les anciens réseaux*
Certains témoignages recueillis par notre rédaction avancent l’hypothèse que les résistances actuelles sont liées aux anciennes habitudes de fonctionnement et aux réseaux professionnels constitués autour de l’ancien Coordonnateur provincial.
Des sources affirment notamment que certains responsables entretiennent des relations privilégiées avec différents opérateurs économiques, notamment dans le secteur minier.
Ces mêmes sources évoquent des soupçons concernant la circulation de ressources financières et certaines pratiques qui ont bénéficié à des individus plutôt qu’au fonctionnement normal de l’administration.
Ces affirmations constituent des témoignages qui doivent encore être étayés par des documents et des vérifications indépendantes.
*Le dossier des biens et du patrimoine de l’administration*
Les témoignages recueillis par notre rédaction soulèvent également des interrogations concernant la gestion du patrimoine de l’administration environnementale.
Des agents évoquent notamment plusieurs véhicules 4×4 qui sont partis au moment du départ de l’ancien responsable, ainsi que des bâtiments, maisons et terrains appartenant, selon leurs déclarations, au patrimoine du secteur de l’Environnement.
Certains sites sont cités dans les témoignages, notamment au Zoo, pépinière même de l’environnement, à Kimbembe, au site kabunene à Likasi.
Des allégations font également état de concessions qui sont cédées ou vendues.
Face à la gravité de ces déclarations, seule la consultation des titres de propriété, actes de cession, inventaires officiels et documents administratifs pourrait permettre d’établir la réalité des faits.
*Des questions autour des recettes et des rétrocessions*
La gestion des recettes constitue un autre sujet de préoccupation exprimé par plusieurs agents.
Selon les témoignages recueillis, des interrogations existent concernant les notes de perception, les recettes issues de certaines activités ainsi que les rétrocessions destinées aux agents. Il aurait placé son propre fils, Rodrigue Tshimwimb, au contrôle de l’ensemble des notes de perception. C’est dans ce cadre que des soupçons de détournement des primes de rétrocession destinées aux agents ont été soulevés.
Les sources demandent notamment qu’un contrôle puisse permettre de déterminer les montants réellement perçus, leur destination et les bénéficiaires des différentes opérations financières.
Là encore, ces accusations doivent être confrontées aux documents comptables et aux procédures officielles.
*Des soupçons de favoritisme*
Certains agents interrogés évoquent également des situations qui pourraient, selon eux, relever du favoritisme ou de la concentration de responsabilités entre personnes proches du Coordonnateur sortant.
Ils demandent que les nominations, affectations et responsabilités soient examinées à la lumière des textes régissant la fonction publique.
Il appartient donc aux autorités compétentes de déterminer si les procédures administratives ont été respectées.
*La polémique autour d’une prétendue « chasse aux Kasaïens par l’actuel »*
Autre accusation rapportée dans certains milieux : celle d’une prétendue volonté de marginaliser des agents originaires du Grand Kasaï.
Cette accusation est toutefois contestée par les observations rapportées par notre rédaction.
Des reporters envoyés sur place affirment avoir constaté un climat de travail relativement serein au sein des services, avec des agents présents à leurs postes et poursuivant normalement leurs activités.
Plusieurs collaborateurs du nouveau Coordonnateur provincial seraient eux-mêmes originaires du Grand Kasaï.
Des sources citent notamment des collaborateurs affectés à l’informatique et au protocole, présentés comme étant eux-mêmes originaires de cette partie du pays.
Pour les personnes interrogées, ces éléments rendent difficilement crédible l’idée d’une politique générale visant les Kasaïens.
*Une nouvelle équipe face à une administration qui doit tourner la page*
Pour plusieurs observateurs interrogés, le véritable enjeu n’est pas l’origine ethnique des agents, mais la capacité de l’administration à fonctionner normalement après le changement de leadership.
Lucien Nkulu, qui connaît lui-même les rouages de l’administration pour y avoir commencé sa carrière vers l’année 2002, est appelé à travailler avec des cadres qu’il connaît parfois depuis longtemps.
La question est donc de savoir si les différents chefs de bureau accepteront de collaborer avec lui dans l’intérêt du service public.
Les agents qui se sont confiés à notre rédaction estiment que chacun devra mettre de côté les anciennes rivalités et accepter la nouvelle hiérarchie.
Ils souhaitent surtout que la gestion soit marquée par la transparence et que les éventuelles irrégularités du passé puissent être examinées sans règlement de comptes.
*L’Environnement face aux enjeux miniers*
Cette question est particulièrement importante dans le Haut-Katanga, province où les activités minières occupent une place considérable.
La gestion environnementale, le contrôle des entreprises minières et la lutte contre la pollution constituent des enjeux majeurs pour les autorités provinciales et nationales.
Dans ce contexte, les services de l’Environnement sont appelés à exercer leurs missions avec rigueur, indépendance et transparence.
La nouvelle équipe devra donc démontrer sa capacité à travailler avec tous les agents, tout en veillant au respect des règles administratives.
*Ce que les agents attendent du nouveau leadership*
Les agents interrogés par notre rédaction ne demandent pas nécessairement une rupture brutale avec le passé.
Ils souhaitent plutôt que le nouveau leadership puisse travailler avec l’ensemble des cadres et agents, sans exclusion, dans un climat professionnel.
Ils estiment également que ceux qui ont travaillé pendant plusieurs années avec l’ancien coordonnateur doivent accepter le changement et donner une chance à la nouvelle équipe.
La question n’est donc pas de savoir qui va gagner entre l’ancien et le nouveau leadership, mais de savoir si l’administration de l’Environnement peut fonctionner au bénéfice de l’État et de la population.
*Note de la rédaction*
Le changement d’un responsable administratif ne devrait jamais être assimilé à une guerre de personnes ou à une bataille entre communautés.
L’administration publique appartient à l’État.
Lorsqu’un responsable est muté et qu’un autre est désigné pour lui succéder, la logique républicaine commande que tous les cadres et agents se mettent au service de la nouvelle hiérarchie, dans le respect des textes et des procédures.
Si certains chefs de bureau souhaitent le retour de l’ancien coordonnateur, ils sont libres d’exprimer leur opinion. Mais ils doivent également expliquer pourquoi ils auraient des difficultés à collaborer avec le nouveau responsable, surtout lorsque celui-ci est lui-même issu de l’administration et a progressivement gravi les échelons.
De même, les accusations de détournement, de mauvaise gestion du patrimoine, de favoritisme ou de perception irrégulière de ressources ne doivent pas être utilisées comme des armes dans une bataille administrative.
Elles doivent être vérifiées.
S’il existe des irrégularités, les documents administratifs, les audits et les procédures compétentes permettront de les établir.
S’il n’existe aucune irrégularité, les mêmes mécanismes permettront également de laver les personnes injustement mises en cause.
Au final, le Haut-Katanga n’a pas besoin d’une guerre de clans au sein de l’administration environnementale.
Il a besoin de responsables capables de travailler ensemble, de contrôler efficacement les activités ayant un impact sur l’environnement, de protéger le patrimoine public et de garantir une gestion transparente des ressources.
La nouvelle page qui s’ouvre à la Coordination provinciale de l’Environnement doit donc être celle de la responsabilité, de la collaboration et de la transparence.