Grand-Kasaï : les universités modernes, un investissement contesté par Jean-Marc Kabund mais vite recadré par l’abbé Blaise Kanda

Un débat vif anime actuellement l’opinion publique dans l’espace du Grand-Kasaï autour de la pertinence des universités modernes récemment construites dans deux villes phares : Mbujimayi et Kananga.

À l’origine de cette controverse, une déclaration de l’opposant Jean-Marc Kabund, faite le samedi 24 avril devant ses militants. Ce dernier a qualifié la construction des universités de « pure distraction », estimant que le peuple du Kasaï-Oriental, et d’ailleurs, n’en avait pas besoin comme priorité.

Face à ces propos, l’abbé Blaise Kanda est rapidement monté au créneau pour défendre le rôle fondamental de ces infrastructures éducatives dans le développement à long terme de la région.
Dans une réaction largement relayée sur lesl réseaux sociaux, l’homme d’Église appelle à « laisser le peuple jouir de ces avancées », dénonçant ce qu’il considère comme un pessimisme injustifié.

Selon lui, juger l’utilité des universités à l’aune des résultats immédiats relève d’une incompréhension profonde de leur mission.
« L’université est un investissement », insiste-t-il, rappelant que partout dans le monde, les institutions académiques contribuent au développement de manière progressive plutôt qu’instantanée.

Cette vision s’inscrit dans une logique de transformation durable, où la formation du capital humain constitue un levier essentiel.
Dans des villes longtemps privées d’infrastructures universitaires modernes, la construction de ces établissements représente bien plus qu’un simple projet immobilier. Pour de nombreuses familles, il s’agit d’une réponse à une réalité douloureuse : l’obligation pour les jeunes de quitter leur province afin de poursuivre leurs études, avec les coûts financiers et sociaux que cela implique.

L’abbé Kanda souligne également la dimension symbolique de ces réalisations :
« Connaissez-vous la honte d’une province sans université bien construite ? », interroge-t-il, mettant en avant le sentiment de dignité et de fierté retrouvé par les populations locales.
Ces universités s’inscrivent dans la politique d’investissements publicsl impulsée sous la présidence de Félix Tshisekedi, visant à réduire les inégalités régionales et à renforcer l’accès à l’enseignement supérieur à travers le pays.

Cependant, les critiques persistent. Certains observateurs estiment que les priorités devraient être orientées vers des besoins plus immédiats tels que l’emploi, les infrastructures de base ou la sécurité. D’autres s’interrogent sur la qualité de l’enseignement ainsi que sur la capacité de ces nouvelles universités à répondre aux exigences académiques et professionnelles.

Face à ces divergences, une chose reste claire : le débat dépasse la simple question des infrastructures pour toucher à une vision plus large du développement. Faut-il privilégier les retombées rapides ou investir dans des fondations à long terme ?
Pour l’abbé Kanda et ses partisans, la réponse ne fait aucun doute. L’être humain, rappellent-ils, « n’est pas qu’estomac, il est aussi cerveau ». Une formule qui résume l’enjeu : répondre à la fois aux besoins immédiats et aux ambitions futures.

Dans un contexte national marqué par de multiples défis, ces nouvelles universités apparaissent ainsi comme des symboles d’espoir, mais aussi comme un test pour la capacité du pays à transformer ses investissements éducatifs en véritables moteurs de développement.

Par ailleurs, le recteur de l’Université Officielle de Mbujimayi (UOM) a également recadré les propos de Jean-Marc Kabund sur cette polémique.

De son côté, l’abbé Apollinaire Cibaka Cikongo a invité les acteurs politiques à « faire la différence entre polémiques et réalisations concrètes », exhortant l’ancien premier vice-président de l’Assemblée nationale à « regarder la réalité en face ».
« On peut ne pas aimer quelqu’un, c’est votre droit, mais il faut au moins reconnaître ses œuvres ; c’est le moindre que l’on puisse vous demander », a-t-il déclaré.

Francis Luende

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