{"id":12488,"date":"2026-10-01T12:36:52","date_gmt":"2026-10-01T12:36:52","guid":{"rendered":"https:\/\/times.cd\/?p=12488"},"modified":"2026-10-01T12:36:53","modified_gmt":"2026-10-01T12:36:53","slug":"tribune-refonder-la-nation-congolaise-donner-a-chaque-province-une-mission-dinteret-national-expert-senior-alain-lubamba-wa-lubamba","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/times.cd\/index.php\/2026\/10\/01\/tribune-refonder-la-nation-congolaise-donner-a-chaque-province-une-mission-dinteret-national-expert-senior-alain-lubamba-wa-lubamba\/","title":{"rendered":"Tribune\/Refonder la Nation Congolaise : Donner \u00e0 chaque province une mission d\u2019int\u00e9r\u00eat national (Expert Senior Alain Lubamba Wa Lubamba)"},"content":{"rendered":"\n<p>Dialogue National : Expert Senior en Gouvernance Publique et Diplomatie \u00e9conomique, Alain LUBAMBA wa LUBAMBA apporte son expertise<\/p>\n\n\n\n<p>Et si l\u2019unit\u00e9 de la R\u00e9publique D\u00e9mocratique du Congo ne reposait plus seulement sur une Constitution, un drapeau et des fronti\u00e8res communes, mais aussi sur une organisation \u00e9conomique rendant ses territoires indispensables les uns aux autres ?<\/p>\n\n\n\n<p>La R\u00e9publique D\u00e9mocratique du Congo est un pays-continent. Son immensit\u00e9, ses ressources naturelles, sa diversit\u00e9 humaine et la vari\u00e9t\u00e9 de ses espaces \u00e9conomiques constituent une force exceptionnelle. Mais elles posent aussi une question fondamentale : comment transformer durablement ce vaste territoire en une v\u00e9ritable communaut\u00e9 de destin, d\u2019int\u00e9r\u00eats et de prosp\u00e9rit\u00e9 partag\u00e9e ?<\/p>\n\n\n\n<p>Depuis l\u2019ind\u00e9pendance, l\u2019unit\u00e9 nationale congolaise a principalement \u00e9t\u00e9 pens\u00e9e et prot\u00e9g\u00e9e dans ses dimensions politique, constitutionnelle et administrative.<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s plus de six d\u00e9cennies, une nouvelle \u00e9tape pourrait s\u2019ouvrir : donner \u00e0 cette unit\u00e9 une profondeur \u00e9conomique, productive, territoriale, sociale et humaine.<br>Autrement dit, passer de l\u2019unit\u00e9 nationale proclam\u00e9e \u00e0 l\u2019unit\u00e9 nationale organis\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette ambition rejoint une orientation exprim\u00e9e par le Pr\u00e9sident de la R\u00e9publique, F\u00e9lix-Antoine Tshisekedi Tshilombo. \u00c0 la cl\u00f4ture de la 13\u1d49 Conf\u00e9rence des gouverneurs de province, le 27 mars 2026 \u00e0 Bandundu-Ville, il d\u00e9clarait notamment :<br>\u00ab C\u2019est rendre \u00e0 nos provinces leur vocation productive [\u2026] ; c\u2019est renforcer l\u2019unit\u00e9 nationale par les r\u00e9sultats ; c\u2019est donner un contenu r\u00e9el \u00e0 la d\u00e9centralisation. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Cette formule ouvre une perspective importante : l\u2019unit\u00e9 nationale ne doit plus seulement \u00eatre prot\u00e9g\u00e9e par les institutions. Elle peut aussi \u00eatre produite par les r\u00e9sultats, les \u00e9changes et la compl\u00e9mentarit\u00e9 des territoires.<\/p>\n\n\n\n<p>DE 26 PROVINCES \u00c0 26 FORCES NATIONALES<br>La d\u00e9centralisation ne devrait pas conduire \u00e0 l\u2019\u00e9mergence de vingt-six \u00e9conomies provinciales \u00e9voluant parall\u00e8lement.<br>Elle pourrait, au contraire, permettre de faire appara\u00eetre vingt-six forces territoriales compl\u00e9mentaires au service d\u2019une m\u00eame puissance nationale.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u2019o\u00f9 une id\u00e9e simple : attribuer progressivement \u00e0 chaque province, en plus de ses comp\u00e9tences ordinaires, une ou plusieurs vocations strat\u00e9giques d\u2019int\u00e9r\u00eat national.<\/p>\n\n\n\n<p>Il ne s\u2019agirait \u00e9videmment pas d\u2019enfermer les provinces dans une sp\u00e9cialisation exclusive.<\/p>\n\n\n\n<p>Le Haut-Katanga ou le Lualaba ne seraient pas condamn\u00e9s aux seules activit\u00e9s mini\u00e8res, pas plus que le Kongo Central aux fonctions portuaires, le Kasa\u00ef \u00e0 l\u2019agriculture ou au diamant, ou Kinshasa aux seules fonctions administratives.<br>La doctrine serait diff\u00e9rente.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019\u00c9tat pourrait dire \u00e0 chaque province :<br>\u00ab Parmi toutes vos potentialit\u00e9s, voici une fonction strat\u00e9gique que la Nation souhaite d\u00e9velopper avec vous et pour laquelle elle mobilisera infrastructures, investissements, formations et institutions sp\u00e9cialis\u00e9es. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Certaines provinces pourraient ainsi devenir des p\u00f4les de transformation mini\u00e8re ; d\u2019autres, des bassins agro-industriels, des plateformes logistiques, \u00e9nerg\u00e9tiques, num\u00e9riques ou touristiques.<\/p>\n\n\n\n<p>Certaines villes pourraient accueillir des p\u00f4les nationaux de recherche scientifique, de technologies num\u00e9riques, de finance, de pharmacie, de formation professionnelle ou d\u2019enseignement sup\u00e9rieur sp\u00e9cialis\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Le principe serait clair : aucune province ne devrait \u00eatre p\u00e9riph\u00e9rique, parce que chacune devrait pouvoir devenir le centre de quelque chose dont toute la R\u00e9publique a besoin.<\/p>\n\n\n\n<p>QUAND L\u2019\u00c9CONOMIE FABRIQUE DE LA NATION<\/p>\n\n\n\n<p>Une Nation n\u2019est pas seulement unie parce que ses citoyens poss\u00e8dent la m\u00eame nationalit\u00e9. Elle l\u2019est davantage lorsque ses territoires deviennent interd\u00e9pendants.<\/p>\n\n\n\n<p>Imaginons une cha\u00eene de valeur.<br>Une province produit une mati\u00e8re premi\u00e8re agricole. Une deuxi\u00e8me la transforme. Une troisi\u00e8me fabrique les emballages. Une quatri\u00e8me organise la logistique. Une cinqui\u00e8me assure l\u2019exportation. Les banques et assurances interviennent depuis plusieurs centres \u00e9conomiques tandis que les comp\u00e9tences n\u00e9cessaires sont form\u00e9es dans des \u00e9tablissements sp\u00e9cialis\u00e9s r\u00e9partis sur le territoire.<br>La valeur ne reste alors plus enferm\u00e9e dans un seul espace : elle circule entre les provinces.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est ici que la pens\u00e9e de l\u2019\u00e9conomiste Albert O. Hirschman sur les liaisons en amont et en aval \u2014 backward and forward linkages \u2014 prend tout son sens.<\/p>\n\n\n\n<p>Un investissement compte non seulement pour ce qu\u2019il produit directement, mais \u00e9galement pour toutes les activit\u00e9s qu\u2019il d\u00e9clenche autour de lui : fournisseurs, transformation, transport, financement, services et distribution.<\/p>\n\n\n\n<p>Appliqu\u00e9e \u00e0 la RDC, cette approche conduit \u00e0 privil\u00e9gier non seulement la cr\u00e9ation de valeur, mais aussi les connexions productives entre les territoires.<\/p>\n\n\n\n<p>Une mine du Lualaba peut faire travailler une industrie situ\u00e9e dans une autre province. Un bassin agricole peut alimenter des unit\u00e9s de transformation implant\u00e9es ailleurs. Une plateforme logistique peut desservir plusieurs r\u00e9gions. Une universit\u00e9 sp\u00e9cialis\u00e9e peut former les ing\u00e9nieurs dont l\u2019ensemble du pays a besoin.<br>L\u2019\u00e9conomie devient alors un instrument de construction nationale.<\/p>\n\n\n\n<p>SORTIR DU MOD\u00c8LE D\u2019UN CONGO \u00c0 CENTRE UNIQUE<\/p>\n\n\n\n<p>Cette vision suppose \u00e9galement de repenser le rapport entre Kinshasa et le reste du territoire.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u00e9concentrer certaines fonctions nationales ne signifie pas affaiblir la capitale.<br>Il s\u2019agit au contraire de permettre \u00e0 Kinshasa d\u2019assumer pleinement son r\u00f4le politique, diplomatique, \u00e9conomique et culturel, tout en faisant \u00e9merger d\u2019autres centres de gravit\u00e9 nationaux.<\/p>\n\n\n\n<p>Un pays-continent ne peut durablement fonctionner autour d\u2019un seul p\u00f4le.<\/p>\n\n\n\n<p>Pourquoi, par exemple, les principales capacit\u00e9s techniques d\u2019une institution nationale sp\u00e9cialis\u00e9e dans les mines devraient-elles n\u00e9cessairement \u00eatre concentr\u00e9es \u00e0 Kinshasa plut\u00f4t qu\u2019au c\u0153ur des bassins miniers ?<\/p>\n\n\n\n<p>Pourquoi les grands centres de recherche sur les for\u00eats, la biodiversit\u00e9 et le climat ne seraient-ils pas \u00e9galement implant\u00e9s au plus pr\u00e8s du bassin forestier congolais ?<br>Pourquoi ne pas renforcer les \u00e9coles sp\u00e9cialis\u00e9es dans les m\u00e9tiers portuaires, maritimes et logistiques l\u00e0 o\u00f9 ces activit\u00e9s sont effectivement exerc\u00e9es ?<br>Pourquoi certains centres d\u2019excellence \u00e9nerg\u00e9tique ne seraient-ils pas implant\u00e9s au plus pr\u00e8s des grands potentiels hydro\u00e9lectriques, solaires et renouvelables du pays ?<\/p>\n\n\n\n<p>Une nouvelle g\u00e9ographie institutionnelle pourrait ainsi compl\u00e9ter la g\u00e9ographie administrative.<\/p>\n\n\n\n<p>La r\u00e9flexion de Jane Jacobs, selon laquelle les villes sont des moteurs essentiels du d\u00e9veloppement \u00e9conomique, est ici \u00e9clairante.<br>Kinshasa, Lubumbashi, Kisangani, Mbuji-Mayi, Kananga, Matadi, Kolwezi, Goma, Bukavu, Mbandaka et d\u2019autres villes ne devraient pas chercher \u00e0 devenir des copies les unes des autres.<\/p>\n\n\n\n<p>Elles pourraient devenir des p\u00f4les diff\u00e9rents mais compl\u00e9mentaires d\u2019une R\u00e9publique polycentrique.<\/p>\n\n\n\n<p>LA PROVINCE, PRODUCTRICE DE NATION<\/p>\n\n\n\n<p>Cette transformation modifierait \u00e9galement le dialogue entre l\u2019\u00c9tat central et les provinces.<br>Celui-ci est encore souvent domin\u00e9 par des questions parfaitement l\u00e9gitimes :<\/p>\n\n\n\n<ul>\n<li>Combien notre province re\u00e7oit-elle ?<\/li>\n\n\n\n<li>Quelle r\u00e9trocession ? Quels investissements ? &#8211; Quelles infrastructures ?<br>Il faudrait d\u00e9sormais y ajouter une interrogation nouvelle :<br>\u00ab Qu\u2019apportons-nous \u00e0 la R\u00e9publique ? \u00bb<br>Puis une seconde :<br>\u00ab De quelles autres provinces avons-nous besoin pour accomplir notre propre mission ? \u00bb<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p>La solidarit\u00e9 nationale ne serait alors plus uniquement budg\u00e9taire.<br>Elle deviendrait productive.<\/p>\n\n\n\n<p>La d\u00e9centralisation ne consisterait plus seulement \u00e0 partager les comp\u00e9tences et les ressources entre le centre et les provinces. Elle permettrait \u00e9galement d\u2019organiser la contribution sp\u00e9cifique de chaque territoire \u00e0 la puissance collective.<br>La province ne serait plus seulement b\u00e9n\u00e9ficiaire de la Nation.<br>Elle deviendrait productrice de Nation.<\/p>\n\n\n\n<p>UN PACTE NATIONAL D\u2019INTERD\u00c9PENDANCE TERRITORIALE<\/p>\n\n\n\n<p>Cette doctrine pourrait trouver une traduction concr\u00e8te \u00e0 travers un Pacte national d\u2019interd\u00e9pendance territoriale.<br>Celui-ci pourrait s\u2019appuyer sur quatre instruments compl\u00e9mentaires.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u2019abord, une Carte nationale des vocations strat\u00e9giques, identifiant les potentialit\u00e9s, avantages comparatifs et missions d\u2019int\u00e9r\u00eat national des diff\u00e9rentes provinces et grandes villes.<\/p>\n\n\n\n<p>Ensuite, un Sch\u00e9ma national de d\u00e9concentration des fonctions et institutions publiques, d\u00e9terminant celles qui doivent demeurer principalement dans la capitale et celles dont les principaux p\u00f4les techniques pourraient progressivement \u00eatre d\u00e9velopp\u00e9s ailleurs.<\/p>\n\n\n\n<p>Troisi\u00e8mement, un Programme national des cha\u00eenes de valeur interprovinciales, destin\u00e9 \u00e0 organiser les compl\u00e9mentarit\u00e9s \u00e9conomiques et \u00e0 orienter les investissements publics et priv\u00e9s vers des cha\u00eenes productives int\u00e9gr\u00e9es.<br>Enfin, un Plan national des villes strat\u00e9giques, permettant de faire \u00e9merger plusieurs m\u00e9tropoles et villes sp\u00e9cialis\u00e9es capables de r\u00e9\u00e9quilibrer progressivement le territoire national. Cette politique devrait naturellement \u00eatre construite avec les provinces et non impos\u00e9e aux provinces.<\/p>\n\n\n\n<p>Les vocations retenues devraient correspondre \u00e0 leur g\u00e9ographie, leurs ressources, leur capital humain, leur histoire \u00e9conomique et leurs ambitions. Et elles ne devraient jamais \u00eatre fig\u00e9es : une \u00e9conomie \u00e9volue avec les infrastructures, les technologies et les march\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>LES INFRASTRUCTURES COMME ART\u00c8RES DE LA NATION<br>Rien de tout cela ne sera possible sans infrastructures. Routes, chemins de fer, ports, a\u00e9roports, r\u00e9seaux \u00e9lectriques, t\u00e9l\u00e9communications et fibre optique ne sont pas seulement des \u00e9quipements \u00e9conomiques.<br>Ce sont aussi des instruments de construction nationale.<\/p>\n\n\n\n<p>Une route reliant deux provinces rapproche deux \u00e9conomies.<br>Un chemin de fer reliant un bassin agricole \u00e0 une zone industrielle cr\u00e9e des int\u00e9r\u00eats communs. Une interconnexion \u00e9lectrique permet \u00e0 une r\u00e9gion d\u2019en alimenter une autre.<br>La fibre optique permet \u00e0 un entrepreneur de Goma, un \u00e9tudiant de Kananga, un chercheur de Kisangani ou un m\u00e9decin de Mbandaka de participer au m\u00eame espace national.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 la question classique de la rentabilit\u00e9 \u00e9conomique d\u2019une infrastructure devrait donc s\u2019ajouter une autre interrogation :<br>Dans quelle mesure cette infrastructure rapproche-t-elle les Congolais et augmente-t-elle l\u2019interd\u00e9pendance entre les territoires ? Une infrastructure nationale ne transporte pas seulement des marchandises, de l\u2019\u00e9lectricit\u00e9, des donn\u00e9es ou des voyageurs.<br>Elle transporte aussi de l\u2019unit\u00e9 nationale.<\/p>\n\n\n\n<p>FAIRE DU DIALOGUE NATIONAL UN DIALOGUE DES TERRITOIRES<\/p>\n\n\n\n<p>La r\u00e9flexion nationale sur l\u2019avenir du pays pourrait \u00e9galement constituer une occasion d\u2019enraciner cette nouvelle vision dans les territoires.<\/p>\n\n\n\n<p>Au-del\u00e0 des questions institutionnelles et politiques, chaque territoire pourrait \u00eatre invit\u00e9 \u00e0 r\u00e9pondre \u00e0 trois interrogations simples :<br>Que pouvons-nous apporter \u00e0 la R\u00e9publique ?<br>Que voulons-nous devenir ?<br>De quelles autres parties du pays avons-nous besoin pour y parvenir ?<br>Les r\u00e9ponses pourraient partir des territoires, \u00eatre consolid\u00e9es au niveau provincial, puis articul\u00e9es \u00e0 l\u2019\u00e9chelle nationale.<\/p>\n\n\n\n<p>Le dialogue national deviendrait ainsi \u00e9galement un dialogue des territoires.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019enjeu ne serait plus seulement de d\u00e9terminer ce qui peut politiquement rapprocher les Congolais, mais aussi ce qui peut les rendre durablement n\u00e9cessaires les uns aux autres.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous passerions progressivement d\u2019une R\u00e9publique structur\u00e9e principalement autour des relations Centre\u2013Provinces \u00e0 une R\u00e9publique \u00e9galement organis\u00e9e par les relations Province\u2013Province, Ville\u2013Ville et Territoire\u2013Territoire.<\/p>\n\n\n\n<p>Un v\u00e9ritable contrat territorial congolais pourrait alors \u00e9merger.<br>\u00ab Je n\u2019ai pas besoin de toi \u00bb<br>Cette interd\u00e9pendance trouve une image particuli\u00e8rement forte dans les \u00c9critures.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans sa premi\u00e8re lettre aux Corinthiens, l\u2019ap\u00f4tre Paul utilise l\u2019image du corps humain pour expliquer comment des membres diff\u00e9rents peuvent appartenir \u00e0 un m\u00eame ensemble tout en exer\u00e7ant des fonctions distinctes.<\/p>\n\n\n\n<p>Il \u00e9crit :<br>\u00ab L\u2019\u0153il ne peut pas dire \u00e0 la main : Je n\u2019ai pas besoin de toi ; ni la t\u00eate dire aux pieds : Je n\u2019ai pas besoin de vous. \u00bb<br>\u2014 1 Corinthiens 12:21<\/p>\n\n\n\n<p>Le texte biblique parle naturellement du corps du Christ et non de l\u2019organisation territoriale d\u2019un \u00c9tat. Il ne s\u2019agit donc pas d\u2019en faire une justification th\u00e9ologique d\u2019un mod\u00e8le politique.<br>Mais l\u2019image offre une puissante m\u00e9taphore de l\u2019interd\u00e9pendance : la diff\u00e9rence des fonctions n\u2019emp\u00eache pas l\u2019unit\u00e9 ; elle peut au contraire la renforcer.<\/p>\n\n\n\n<p>Transpos\u00e9e \u00e0 notre r\u00e9flexion territoriale, elle sugg\u00e8re une id\u00e9e simple : le Congo n\u2019a pas besoin que toutes ses provinces se ressemblent.<\/p>\n\n\n\n<p>Il a besoin que chacune d\u00e9veloppe ses forces tout en devenant utile aux autres.<\/p>\n\n\n\n<p>Le Kongo Central ne devrait pouvoir dire au Kasa\u00ef : \u00ab Je n\u2019ai pas besoin de toi. \u00bb<br>Le Lualaba ne devrait pouvoir le dire \u00e0 la Tshopo ; Kinshasa au Haut-Katanga ; le Nord-Kivu \u00e0 l\u2019\u00c9quateur ; ni aucune province \u00e0 une autre.<\/p>\n\n\n\n<p>Car il y a plusieurs territoires, plusieurs ressources, plusieurs vocations, mais une seule Nation.<\/p>\n\n\n\n<p>ORGANISER NOS DIFF\u00c9RENCES POUR CONSTRUIRE NOTRE PUISSANCE<\/p>\n\n\n\n<p>La R\u00e9publique D\u00e9mocratique du Congo n\u2019a pas besoin d\u2019effacer ses diff\u00e9rences territoriales pour renforcer son unit\u00e9.<br>Elle doit au contraire organiser ses diff\u00e9rences pour en faire une force collective.<\/p>\n\n\n\n<p>Notre immensit\u00e9 ne doit plus \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e seulement comme une difficult\u00e9 \u00e0 administrer. Elle doit devenir une architecture de puissance \u00e0 construire.<br>Il faut d\u00e9concentrer pour mieux gouverner.<br>Sp\u00e9cialiser sans enfermer.<br>Relier pour int\u00e9grer.<br>Transformer pour cr\u00e9er davantage de valeur.<br>Et organiser la circulation des hommes, des comp\u00e9tences, de l\u2019\u00e9nergie, des marchandises, des capitaux, des connaissances et des opportunit\u00e9s entre les territoires.<\/p>\n\n\n\n<p>Il faudrait parvenir progressivement \u00e0 une situation o\u00f9 un Congolais de Kinshasa sait concr\u00e8tement pourquoi son \u00e9conomie a besoin du Kasa\u00ef ; o\u00f9 le Kasa\u00ef sait pourquoi il a besoin du Kongo Central ; o\u00f9 le Kongo Central sait pourquoi il a besoin du Haut-Katanga ; et o\u00f9 chacun comprend ce que lui apportent la Tshopo, le Lualaba, l\u2019Ituri, le Nord-Kivu, le Sud-Kivu, l\u2019\u00c9quateur, le Kwilu et chacune des autres composantes de la R\u00e9publique.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette connaissance ne serait plus seulement g\u00e9ographique.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle deviendrait \u00e9conomique, productive, sociale et strat\u00e9gique.<br>Les provinces ne seraient alors plus seulement r\u00e9unies par une Constitution, un drapeau et des fronti\u00e8res.<\/p>\n\n\n\n<p>Elles seraient \u00e9galement reli\u00e9es par des infrastructures, des cha\u00eenes de valeur, des institutions, des comp\u00e9tences, des \u00e9changes humains et des int\u00e9r\u00eats \u00e9conomiques communs.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est peut-\u00eatre l\u00e0 que r\u00e9side l\u2019une des cl\u00e9s de la refondation nationale : non pas refaire le Congo, mais r\u00e9organiser les forces du Congo pour faire davantage Nation.<\/p>\n\n\n\n<p>Faire de chaque province une force nationale.<br>De chaque grande ville un p\u00f4le de d\u00e9veloppement. De chaque infrastructure un trait d\u2019union. De chaque cha\u00eene de valeur un instrument d\u2019int\u00e9gration. De chaque institution d\u00e9concentr\u00e9e un symbole de l\u2019appartenance commune. Et de chaque territoire le d\u00e9tenteur d\u2019une part identifiable de la puissance collective.<\/p>\n\n\n\n<p>Car la forme la plus solide de l\u2019unit\u00e9 nationale n\u2019est peut-\u00eatre pas celle dans laquelle chacun peut vivre s\u00e9par\u00e9ment. C\u2019est celle dans laquelle chacun sait ce qu\u2019il apporte aux autres, sait ce que les autres lui apportent et comprend que sa propre r\u00e9ussite d\u00e9pend aussi de la r\u00e9ussite de l\u2019ensemble.<\/p>\n\n\n\n<p>UNE PROVINCE, UNE VOCATION STRAT\u00c9GIQUE.<br>VINGT-SIX FORCES INTERD\u00c9PENDANTES.<br>UNE SEULE NATION \u00c0 REFONDER.<br>UNE SEULE PUISSANCE \u00c0 CONSTRUIRE.<\/p>\n\n\n\n<p>R\u00e9daction<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dialogue National : Expert Senior en Gouvernance Publique et Diplomatie \u00e9conomique, Alain LUBAMBA wa LUBAMBA apporte son expertise Et si l\u2019unit\u00e9 de la R\u00e9publique D\u00e9mocratique du Congo ne reposait plus seulement sur une Constitution, un drapeau et des fronti\u00e8res communes, mais aussi sur une organisation \u00e9conomique rendant ses territoires indispensables les uns aux autres ? 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