{"id":11561,"date":"2026-05-04T17:01:02","date_gmt":"2026-05-04T17:01:02","guid":{"rendered":"https:\/\/times.cd\/?p=11561"},"modified":"2026-05-04T17:01:03","modified_gmt":"2026-05-04T17:01:03","slug":"tribune-rdc-la-puissance-du-xxie-siecle-se-joue-dans-les-corridors-alain-lubamba-expert-senior-en-gouvernance-publique-et-diplomatie-economique","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/times.cd\/index.php\/2026\/05\/04\/tribune-rdc-la-puissance-du-xxie-siecle-se-joue-dans-les-corridors-alain-lubamba-expert-senior-en-gouvernance-publique-et-diplomatie-economique\/","title":{"rendered":"Tribune-RDC : La puissance du XXIe si\u00e8cle se joue dans les corridors (Alain Lubamba Expert Senior en Gouvernance Publique et Diplomatie \u00e9conomique)"},"content":{"rendered":"\n<p>Entre rivalit\u00e9s g\u00e9opolitiques et recomposition des cha\u00eenes d\u2019approvisionnement, Kinshasa joue une partie d\u00e9cisive : celle de la souverainet\u00e9 \u00e9conomique.<\/p>\n\n\n\n<p>Une puissance Min\u00e9rales au c\u0153ur des tensions Mondiales<\/p>\n\n\n\n<p>La transition \u00e9nerg\u00e9tique mondiale ne se contente pas de transformer les syst\u00e8mes de production. Elle redessine en profondeur les rapports de puissance entre \u00c9tats. Dans cette nouvelle g\u00e9ographie \u00e9conomique, la R\u00e9publique D\u00e9mocratique du Congo occupe une place singuli\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>Avec ses immenses r\u00e9serves de cobalt, de cuivre, de coltan et de lithium, le pays s\u2019est impos\u00e9 comme un maillon critique des cha\u00eenes d\u2019approvisionnement globales. Batteries \u00e9lectriques, r\u00e9seaux \u00e9nerg\u00e9tiques, technologies de pointe : autant de secteurs dont l\u2019avenir d\u00e9pend, en partie, des ressources congolaises.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais cette centralit\u00e9 min\u00e9rale masque une r\u00e9alit\u00e9 plus complexe. Car si la RDC est incontournable dans la production, elle reste encore marginale dans la captation de valeur.<\/p>\n\n\n\n<p>La guerre silencieuse des corridors<\/p>\n\n\n\n<p>Au-del\u00e0 des mines, une autre bataille moins visible mais tout aussi strat\u00e9gique se joue : celle des corridors logistiques.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u2019un c\u00f4t\u00e9, le corridor de Lobito, soutenu par les \u00c9tats-Unis et l\u2019Union europ\u00e9enne, entend structurer un axe Atlantique s\u00e9curis\u00e9 pour les exportations mini\u00e8res d\u2019Afrique centrale. De l\u2019autre, les infrastructures orientales, connect\u00e9es au r\u00e9seau TAZARA et aux ports de l\u2019oc\u00e9an Indien, b\u00e9n\u00e9ficient du soutien actif d\u2019acteurs asiatiques, au premier rang desquels la Chine.<\/p>\n\n\n\n<p>Pris entre ces deux dynamiques, les op\u00e9rateurs miniers arbitrent leurs routes selon des logiques d\u2019efficacit\u00e9 \u00e9conomique, souvent d\u00e9connect\u00e9es des int\u00e9r\u00eats strat\u00e9giques de l\u2019\u00c9tat congolais.<\/p>\n\n\n\n<p>Le constat est sans appel. Dans l\u2019\u00e9conomie mondiale contemporaine, contr\u00f4ler les routes revient \u00e0 contr\u00f4ler la valeur.<\/p>\n\n\n\n<p>Le paradoxe congolais<\/p>\n\n\n\n<p>La RDC incarne aujourd\u2019hui un paradoxe frappant : celui d\u2019une puissance g\u00e9ologique confront\u00e9e \u00e0 une fragilit\u00e9 logistique.<\/p>\n\n\n\n<p>Trois facteurs structurent cette vuln\u00e9rabilit\u00e9 :<\/p>\n\n\n\n<ul>\n<li>l\u2019absence d\u2019une doctrine nationale claire sur l\u2019orientation des flux miniers, laissant les op\u00e9rateurs d\u00e9cider des routes ;<\/li>\n\n\n\n<li>l\u2019industrialisation encore insuffisante, limitant la valeur capt\u00e9e localement ;<\/li>\n\n\n\n<li>la faible influence sur les infrastructures, qui expose le pays \u00e0 des d\u00e9cisions externes.<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p>R\u00e9sultat : une part significative de la valeur g\u00e9n\u00e9r\u00e9e par les minerais congolais se d\u00e9place hors des fronti\u00e8res nationales, au gr\u00e9 de d\u00e9cisions prises ailleurs.<\/p>\n\n\n\n<p>Repenser la souverainet\u00e9 : une doctrine des flux<\/p>\n\n\n\n<p>Face \u00e0 ces d\u00e9fis, une inflexion strat\u00e9gique s\u2019impose. La RDC ne peut plus se contenter d\u2019extraire. Elle doit organiser, orienter et ma\u00eetriser ses flux.<\/p>\n\n\n\n<p>Cela suppose l\u2019\u00e9laboration d\u2019une v\u00e9ritable doctrine nationale des corridors, fond\u00e9e sur :<\/p>\n\n\n\n<ul>\n<li>la diversification des axes d\u2019exportation ;<\/li>\n\n\n\n<li>la s\u00e9curisation des routes critiques ;<\/li>\n\n\n\n<li>une allocation strat\u00e9gique des volumes selon les int\u00e9r\u00eats nationaux.<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p>Comme le rappelait l\u2019\u00e9conomiste Albert O. Hirschman, le d\u00e9veloppement ne d\u00e9pend pas tant de l\u2019abondance des ressources que de la capacit\u00e9 \u00e0 en organiser l\u2019utilisation.<\/p>\n\n\n\n<p>De l&rsquo;\u00c9tat spectateur \u00e0 l&rsquo;\u00c9tat strat\u00e8ge<\/p>\n\n\n\n<p>Dans cette reconfiguration, l\u2019\u00c9tat congolais est appel\u00e9 \u00e0 changer de posture.<\/p>\n\n\n\n<p>Le renforcement de l\u2019Inspection G\u00e9n\u00e9rale des Mines (IGM), notamment en mati\u00e8re de tra\u00e7abilit\u00e9 et de contr\u00f4le des flux, pourrait constituer un tournant d\u00e9cisif. \u00c0 condition d\u2019\u00e9largir son mandat, cette institution pourrait devenir un v\u00e9ritable outil de r\u00e9gulation strat\u00e9gique, charg\u00e9 de surveiller les corridors, certifier les volumes et lutter contre les circuits parall\u00e8les.<\/p>\n\n\n\n<p>Un changement de paradigme s\u2019impose : passer d\u2019un \u00c9tat observateur \u00e0 un \u00c9tat r\u00e9gulateur et strat\u00e8ge.<\/p>\n\n\n\n<p>Transformer pour exister<\/p>\n\n\n\n<p>Mais la ma\u00eetrise des flux ne saurait suffire. L\u2019enjeu central reste la transformation locale.<\/p>\n\n\n\n<p>Sous l\u2019impulsion du Pr\u00e9sident de la R\u00e9publique F\u00e9lix-Antoine TSHISEKEDI TSHILOMBO, Kinshasa affiche d\u00e9sormais une ambition claire : imposer progressivement la transformation des minerais sur le territoire national.<br>Une orientation qui marque une rupture avec les logiques extractives historiques h\u00e9rit\u00e9es de l&rsquo;\u00e9poque coloniale.<\/p>\n\n\n\n<p>Car, comme le souligne l\u2019\u00e9conomiste Dani Rodrik, une politique industrielle r\u00e9ussie consiste \u00e0 d\u00e9placer une \u00e9conomie vers des activit\u00e9s \u00e0 plus forte valeur ajout\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour la RDC, cela signifie transformer ses ressources en levier d\u2019industrialisation et non plus en simple source d\u2019exportation.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019energie, condition sine qua non<\/p>\n\n\n\n<p>Cette ambition industrielle repose sur un pr\u00e9alable incontournable qui est l\u2019\u00e9nergie.<\/p>\n\n\n\n<p>Sans une capacit\u00e9 \u00e9nerg\u00e9tique suffisante, fiable et comp\u00e9titive, toute strat\u00e9gie de transformation restera limit\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Sur ce plan, des avanc\u00e9es notables sont \u00e0 signaler.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019Autorit\u00e9 de R\u00e9gulation de l\u2019\u00c9lectricit\u00e9 a contribu\u00e9 \u00e0 mettre en place les normes et les proc\u00e9dures de standards internationaux et \u00e0 faire passer la capacit\u00e9 install\u00e9e nationale de 2 972 MW \u00e0 4 133 MW entre 2020 et 2025, soit une progression de 39 % en 5 ans.<\/p>\n\n\n\n<p>Cependant, il reste un d\u00e9fi de taille : lever les blocages administratifs, notamment au niveau des Gouverneurs qui doivent valider des licences et des minist\u00e8res provinciaux charg\u00e9s de l&rsquo;\u00e9lectricit\u00e9 qui produisent des protocoles d&rsquo;accords, qui ralentissent l\u2019ex\u00e9cution des projets \u00e9nerg\u00e9tiques et freinent l\u2019investissement alors que l\u2019analyse approfondie des dossiers est d\u00e9j\u00e0 r\u00e9alis\u00e9e par l&rsquo;ARE.<\/p>\n\n\n\n<p>Vers une co-gouvernance des infrastructures<\/p>\n\n\n\n<p>Autre enjeu majeur est la participation de la RDC \u00e0 la gouvernance des corridors.<br>Il ne s\u2019agit plus seulement d\u2019acc\u00e9der aux infrastructures, mais d\u2019en influencer les r\u00e8gles du jeu : tarifs, priorit\u00e9s d\u2019investissement, capacit\u00e9s allou\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p>Cela implique la cr\u00e9ation d\u2019un v\u00e9hicule strat\u00e9gique national capable de prendre des participations dans les infrastructures logistiques et de d\u00e9fendre les int\u00e9r\u00eats congolais dans les instances d\u00e9cisionnelles.<\/p>\n\n\n\n<p>Une bataille de souverainet\u00e9 \u00e9conomique<\/p>\n\n\n\n<p>La recomposition actuelle des corridors d\u00e9passe largement la logistique. Elle s\u2019inscrit dans une comp\u00e9tition mondiale pour le contr\u00f4le des cha\u00eenes d\u2019approvisionnement.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans ce contexte, la RDC dispose d\u2019un levier unique : ses ressources.<br>Mais pour transformer cet avantage en puissance, elle doit d\u00e9sormais ma\u00eetriser non seulement ce qu\u2019elle produit, mais aussi comment ses ressources circulent.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019heure des choix<\/p>\n\n\n\n<p>La RDC est \u00e0 un tournant.<br>Continuer \u00e0 s\u2019inscrire dans des dynamiques d\u00e9finies par d\u2019autres ou choisir d\u2019affirmer une strat\u00e9gie souveraine, fond\u00e9e sur la ma\u00eetrise des flux, la transformation locale et l\u2019int\u00e9gration industrielle.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019histoire \u00e9conomique est claire : les nations qui r\u00e9ussissent sont celles qui transforment leurs contraintes en leviers.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour Kinshasa, la reconfiguration des corridors n\u2019est pas une menace.<br>C\u2019est une opportunit\u00e9. Encore faut-il s\u2019en saisir.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Entre rivalit\u00e9s g\u00e9opolitiques et recomposition des cha\u00eenes d\u2019approvisionnement, Kinshasa joue une partie d\u00e9cisive : celle de la souverainet\u00e9 \u00e9conomique. Une puissance Min\u00e9rales au c\u0153ur des tensions Mondiales La transition \u00e9nerg\u00e9tique mondiale ne se contente pas de transformer les syst\u00e8mes de production. Elle redessine en profondeur les rapports de puissance entre \u00c9tats. 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