Incompétence avérée d’un gouverneur : bourdes de Mukumadi au Sankuru ( Tribune d’Alfred Mote)

 

Joseph-Stéphane Mukumadi, le gouverneur élu il y a quelques mois à la tête de la province du Sankuru surfe dans la recherche du sensationnel et de la théâtralisation du pouvoir. En témoignent, ses errements politiques à la faveur d’une tournée aux frais d’une délégation mixte de l’Union européenne, Caritas et CRS, partenaires des diocèses de Kole et de Tshumbe en mission d’évaluation de leurs projets et qu’il a pompeusement présentés comme les nouveaux investisseurs internationaux venus mettre un terme au sous-développement de la province natale de Patrice-Emery Lumumba. A Lusambo où ces acteurs caritatifs flanqués de Mukumadi ont fait escale samedi 7 décembre 2019, l’éphémère gouverneur du Sankuru s’est efforcé de gommer les aspérités de ses déboires avec l’Assemblée provinciale en tenant un bref meeting devant un public clairsemé composé essentiellement d’agents de l’Etat et des membres de leurs familles. Le même jour, le groupe s’est rendu à Kole où la délégation qu’il accompagnait avaient rendez-vous avec Mgr Emery Kibal, évêque du lieu. Au chef-lieu de ce territoire très enclavé, de nombreux fidèles catholiques, ameutés pour saluer leurs bienfaiteurs se confondaient à quelques centaines d’écoliers en uniforme bleu-blanc sortis des salles des classes et des jeunes organisés à la va-vite en une ONG dénommée « Les Amis de Mukumadi » pour enjoliver le décor.

En froid avec l’Assemblée provinciale du Sankuru qui attend jusqu’ici la formalisation de sa démission auprès du chef de l’Etat conformément aux articles 198 et 23 alinéa 5 de la Constitution et 7 ,41 ,42 de la loi portant principes fondamentaux relatifs à la libre administration des provinces, Mukumadi parie sur un retour de chance et défie les élus dans un contexte où, on le sait, son espérance de vie politique assez volatile vacille littéralement et multiplie des pratiques de mégestion et de népotisme sur fond d’un marketing politique d’un autre âge.

Parachuté à la tête du Sankuru sans aucun ancrage politique réel ni dans la représentation provinciale où sa base politique (CACH) ne dispose d’aucun député provincial – électeur, ni pour le grand public pour lequel il reste un illustre inconnu, Mukumadi a ensuite, toujours dans les basques de la délégation étrangère, débarqué à Lodja, la plus grande agglomération de la province comme pour convaincre ses derniers lobbies qu’il bénéficie au moins du soutien de la population. Une opération de communication ratée notamment du fait des pratiques d’extorsion dénoncées par la très alerte société civile locale. En effet, dans une déclaration faite sur les ondes de la radio Top Congo FM dimanche dernier, Maître Benoit Dandja, président de la Société civile forces vives du Sankuru a dénoncé l’utilisation des fonds du Trésor public et les extorsions imposées aux services publics et privés pour préparer l’accueil à Lodja de Mukumadi. Des sommes énormes pour une population vivant dans une précarité extrême mais contrainte de se dépouiller pour soutenir les prétentions de Mukumadi face à une Assemblée provinciale de laquelle son sort dépend ‘in fine’. Sur fond d’intimidations et de menaces, les complices de Mukumadi ont extorqué de l’argent à toutes les couches : 15.000 FC par école privée, 25.000 FC par école publique et 45.000 FC pour chaque service gestionnaire (coordination, sous-division, Antenne locale, sous coordination…). Les médecins chefs de zones (MCZ) devaient payer chacun 500 USD pour chaque (MCZ) tandis que chaque tenancier de boutique ou magasin devait verser respectivement 10 USD et 500 FC. Les vendeuses de tomates et légumes étaient contraintes de verser 100.000 FC. A chaque chef de secteur était demandé 5 chèvres sous peine d’être immédiatement suspendu pour « faute lourde ». Cette liste n’est pas exhaustive. La société civile du Sankuru estime à 65.000 USD le total des sommes ainsi perçues indûment par l’administrateur de territoire de Lodja, Médard Elonge et les collaborateurs de Mukumadi pour couvrir les frais de la mise en scène d’un « accueil triomphal » pour ce dernier dans cette ville lundi 9 décembre 2019.

La communication, dans un français approximatif, de Mukumadi, un semi-lettré qui ignore que le cycle d’orientation s’étale sur deux ans seulement (et non cinq) après les études primaires, lesquelles se terminent par la remise aux finalistes d’un certificat (et non d’un brevet) de fin d’études primaires a fait rire aux éclats les intellectuels venus l’écouter lundi au stade Lumumba. Il a tenté de convaincre le public présent qu’il était lui aussi un ressortissant du territoire de Lodja et en voulait pour preuve le fait qu’il articule bien le dialecte otetela, comme si cette langue n’était pas parlée aussi dans d’autres territoires du Sankuru comme Katako-Kombe, Lomela, Lomela, Lubefu, Kole et Lusambo. Son souci de se faire accepter par la population de Lodja s’est manifesté aussi à travers une multitude de vagues promesses de « changement et de réconciliation ». Mais contrairement à ses engagements solennels pris quelques heures auparavant, recevant dans la soirée les membres de la notabilité locale au domicile de son homme à tout faire, le faussaire belge d’origine congolaise Weko alias « Ngouelele » Pierre-Albert au quartier La cotonnière de Lodja, il a ordonné que soient préalablement chassés de la réunion plusieurs chefs coutumiers réputés proches de sa bête noire l’honorable député national Lambert Mende et de son parti politique, la Convention des Congolais unis (CCU). Les chefs coutumiers Jean Ngongo Mbaka, Lodjo Pena Omalanga, Gaspard Lohotama, Nyembo ou Manda figurent parmi la cinquantaine de notables chassés de la réunion par le « réconciliateur » Mukumadi.

Quoi qu’en dise ceux qui essayent de le sauver pour leurs intérêts au Sankuru, Joseph-Stéphane Mukumadi qui passe le plus clair de son temps à Kinshasa à s’occuper de ses bars-restaurants et à organiser des « marches de santé », est occupé à ruiner la province du Sankuru, l’une des plus pauvres du pays. Ainsi que le confirme une source à l’Assemblée provinciale, il a carrément fait main basse sur les frais de fonctionnement de la province pour « racheter » les faveurs de quelques députés provinciaux insouciants en prévision d’une improbable future séance d’investiture de son gouvernement.

Le dernier show de « Monsieur cinquième C.O. » comme on l’appelle dorénavant ne tient qu’à une gesticulation instinctive de survie politique sur base d’une mise en scène d’une pseudo popularité pour un combat de positionnement car, on le sait, pris en étau par la majorité des élus provinciaux qui ont fini par voir clair dans son projet de gestion par procuration de cette province et la prise en otage des intérêts de la population par des lobbies affairistes confortablement installés à Kinshasa. Tout son programme se résumé en trois mots : conserver son strapontin. « Chance eloko Pamba » un peu comme le chantait l’artiste musicien otetela de Lubefu Jules Shungu Wembadio dit Papa Wemba. C’est pourquoi, en dépit de son forfait devant l’Assemblée provinciale le jour prévu pour la défense de son programme, préalable à l’investiture de son gouvernement, il écarte toute option de démissionner malgré la décision de la plénière du 23 novembre 2019 dans ce sens. Pendant ce temps, le Sankuru s’enfonce dans le délitement par rapport aux autres provinces de la RDC.

Alfred Mote

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