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Élections :Beni-Butembo, la symbolique

Ces images ont fait le tour du monde. Pendant que les congolais se rendaient aux urnes dan le reste du pays, les habitants de Béni et Butembo, exclus du vote par la CENI pour des raisons sanitaires (Ebola) et sécuritaires, accomplissaient leur «devoir civique». Pas de machines à voter mais des bulletins papier. La police a voulu empêcher ce scrutin atypique qui se déroulait au stade Kalyva, au quartier Malepe et au stade Kalinda dans la commune de Bungulu. Mais la PNC a battu en retraite et a quitté les lieux laissant les «électeurs» accomplir librement «leur devoir civique». C’est un véritable affront à la CENI qu’on fait là les habitants de ces deux contrées. Par ce acte patriotique et courageux, ils ont voulu prouver que les élections étaient possibles malgré Ebola et l’insécurité persistante. Dans un ordre et une discipline exemplaires, ils ont fait la file et ont mis leurs bulletins dans les urnes. Le dépouillement s’est fait le même jour et les résultats seront envoyés à la CENI à Kinshasa. Les citadins de Beni qui ont pris des dispositions pour l’hygiène comme le lavement des mains et les désinfectants au cours de ce vote «fictif» voudraient voir s’il y aura de nouvelles contaminations au virus Ebola. Il est évident que la CENI ne prendra pas en compte ce «vote rebelle». Les électeurs de Beni ont voulu envoyer plusieurs messages à la CENI et au pouvoir en place. En premier, les raisons sanitaires et sécuritaires avancées par la CENI n’en sont pas. Ils ont rappelé à la CENI, à leur compatriotes et au monde entier qu’ils étaient des congolais à part entière et qu’ils ne pouvaient en aucun cas être exclus d’une question aussi importante que le vote du président de la République, des députés nationaux et provinciaux. Ils ont par l’élection leur mot à dire.
Leur comportement traduit également l’engouement des Congolais pour ces élections malgré les intempéries, les problèmes de logistique et bien d’autres contraintes. Les élections, ce n’est pas la démocratie mais un rouage important de la démocratie. Les élections viennent huiler la démocratie. La répétition des élections affine les comportements et éveille la conscience civique. C’est un processus des mentalités à ne pas négliger. Il faut surtout ne pas oublier que l’Est du pays et notamment le Nord-Kivu est le «bastion» des mouvements citoyens comme Lucha et Filimbi, ceux que certains analystes appellent la «nouvelle opposition». Le niveau des attentes est une explication de ce comportement. Les habitants de cette contrée veulent d’abord une chose : la paix. Ils ont une réputation d’être très entreprenants et si la sécurité revient, ces régions connaîtront un essor remarquable comme par le passé. Tout une nation est suspendue à l’attente de la publication des résultats provisoires le 6 janvier 2018 par la CENI. Mais le résultat du scrutin fictif de Béni intéresse aussi l’opinion car il constitue un «vote témoin». La comparaison des deux résultats (vrais et véridiques) permettra de savoir qui de Beni ou du reste du pays a voter comme l’autre.

Jean-Louis Miasuekama/Times.cd

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