Thabo Mbeki envoyé spécial RDC : cacophonie à Kinshasa !

Tout a commencé quelques heures après la clôture du 38e sommet de la SADC tenu à Windhoek, la capitale namibienne, assises ayant consacré la fin du mandat de Cyril Ramaphoza et l’arrivée de Hage Gingob à la tête de cette organisation sous régionale. Dans la soirée du dimanche 19 août 2018, la presse sud africaine annonçait Thabo Mvuyelwa Mbeki comme envoyé spécial de la République sud-africaine en RDC et dans la région des Grands Lacs nouvellement désigné par Cyril Ramaphosa. Alors qu’aucune communication officielle n’a été émise par qui que ce soit à ce sujet.

À en croire la presse du pays Mandela, la tâche de cette personnalité sera d’être en liaison avec le président Joseph Kabila et avec tous les acteurs de la présidentielle pour aplanir toutes les aspérités qui ne manqueront pas de surgir d’ici le 23 décembre 2018.

Dès cette annonce, observateurs et analystes politiques ont traduit cette « nomination » comme l’implication directe et décisive du président Cyril Ramaphosa dans le processus électoral congolais qui, selon certaines langues, n’émettaient pas suffisamment des signaux positifs aux partenaires de la sous-région.

24 heures après, Barnabé Kikaya Bin Karubi, conseiller diplomatique du Chef de l’État Joseph Kabila, joint par plusieurs médias de Kinshasa monte au créneau pour démentir une telle désignation.

« Des envoyés spéciaux, c’est fini au Congo. » a-t-il lancé au téléphone de TOP Congo FM. Et de poursuivre:  » le président Kabila a dit qu’aussi longtemps qu’il sera là et aussi longtemps que ce régime sera au pouvoir, il n’y aura plus d’envoyés spéciaux”.

Par principe, a souligné pour sa part Michael Sakombi, proche et conseiller de She Okitundu, ministre des Affaires étrangères, la RDC ne souhaite plus avoir la nomenclature diplomatique d’envoyés spéciaux. D’où son rappel: une quarantaine était comptée sans impact réel. « Président Mbeki aura-t-il une dérogation? Pas si sûr.. », a-t-il fait savoir.

Cependant, le gouvernement congolais, par la voix de son porte-parole, Lambert Mende, a affirmé ce lundi 20 août 2018 avoir pris acte de la désignation de Thabo Mbeki comme envoyé spécial de la Communauté de développement de l’Afrique Australe (SADC) en RDC et en Afrique centrale.

Lambert Mende a même appuyé que la RDC ne peut pas rejeter la désignation de Thabo Mbeki qui, selon lui, rentre dans la mission de la SADC, notamment de sécuriser le processus électoral.

“Nous avons demandé à la SADC de préciser ses propositions parce qu’ils nous ont offert d’accompagner notre processus après nous avoir félicité d’avoir pris la décision de couvrir nous-mêmes nos besoins, mais de rester ouvert à toute proposition qui viendrait de la SADC, particulièrement en ce qui concerne la sécurité, la sécurisation du processus parce que nous avons des gros besoins à l’est. La SADC est beaucoup plus légitime que d’autres structures pour suivre et élaborer ensemble avec nous l’étendue de nos besoins que nous allons exprimer en terme de sécurisation”, a dit le ministre à nos confrères d’ACTUALITE.CD.

“Nous ne sommes pas contre la désignation de Thabo Mbeki parce que nous sommes membres de la SADC, ce que nous réprouvons, c’est des organisations auxquelles nous n’appartenons pas qui prétendent faire des choses pour nous et sans nous”, a-t-il ajouté.

Quelque temps après, par le canal du même média en ligne cité, Lambert Mende revient sur ses propos, en précisant comme Kikaya bin Karubi que la RDC n’accrédite plus les envoyés spéciaux. Il reconnaît même être « allé trop vite en besogne ».

Convient-il de souligner que depuis quelques années, Kinshasa affiche ses ambitions de conduire souverainement son processus électoral. Cela se matérialise par l’auto financement des élections prévues en décembre. D’ores et déjà, la Commission électorale nationale indépendante ( CENI) a récemment annoncé l’acquisition sur financement du gouvernement congolais de ses propres avions et hélicoptères pour le transport des kits électoraux.

Rappelons-le, l’année dernière, le gouvernement congolais avait refusé de recevoir l’envoyé spécial de la SADC (communauté d’Afrique australe, dont la République démocratique du Congo est membre), l’ex-président de la Namibie, Hifikepunye Pohamba, chargé de discussions en vue de ramener la paix dans l’ancienne colonie belge en crise. Or plusieurs pays membres de l’organisation régionale étaient préoccupés par la crise croissante provoquée en RDC par la non organisation des élections.

L’ex-président Pohamba, qui préside par ailleurs le Comité des Sages de l’Union africaine, avait été nommé en août dernier envoyé spécial de la SADC pour la RDC, en raison de l’accroissement des tensions dans l’ex-Zaïre, dues à la réticence des autorités à organiser les élections qu’elles craignent de ne pas gagner. Selon le bureau de M. Pohamba, « le président Kabila et le ministre (NDLR: congolais) des Affaires étrangères n’ont pas répondu » à une lettre que la SADC leur avait adressée pour leur annoncer l’arrivée de son envoyé spécial « pour des discussions inaugurales le jeudi 16 novembre ». « Sans réponse, l’envoyé spécial n’a pas pu exécuter sa mission », a indiqué le bureau de M. Pohamba, qui a confirmé que la mission était annulée et qu’aucune autre date n’avait été prévue, a indiqué le journal namibien The Southern Times.

Clément Muamba/TIMES.CD

Laisser un commentaire