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Lettre aux enfants de la RD Congo (Tribune du Dr D. Tonduangu)
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Lettre aux enfants de la RD Congo (Tribune du Dr D. Tonduangu)

Part 1 : Nous devons apprendre de notre histoire !

Par Tonduangu Kuezina Daniel

Chers amis,

Je voudrais partager avec vous quelques inquiétudes que je ressens (parfois) pour l’avenir de  la RDC. Ce drôle de sentiment m’envahit de façon récurrente pendant la lecture (en cours…) de quelques livres de mon chevet, qui retracent l’histoire de la RDC. Il s’agit notamment des livres :

Tu le leur diras.  Congo 1890-2000. Clémentine  Faïk Nzuji (Alice Editions Histoires, 2005).

Histoire du Congo. Des origines à la République Démocratique. NDAYWEL è Nziem.  (Le Cri Editions /Afrique Editions, 2009).

Congo.  Une Histoire. David van Reybrouck (Babel, 2014).

L’assassinat de Lumumba .Ludo de Witte (Khartala 2000).

Mobutu. Jean Pierre Langellier (Perrin biographie, 2017).

L’ascension de Mobutu .Ludo de Witte (Investig action,2018).

Je suis  un enfant de la République (né à l’Hôpital général de Léopoldville, Ecole primaire à l’Ecole officielle Limeté II  à Kinshasa-Limeté, Cycle d’orientation au collège Saint Théophile à Kinshasa- Lemba, enseignement secondaire au Collège Elikya Saint Joseph  à Kinshasa-Gombe, enseignement de médecine et spécialisation en médecine interne à l’Université de Kinshasa). Je suis en Europe depuis 1993, après une spécialisation en Allemagne et en France, j’exerce la réanimation médicale en France.

Je suis membre actif de l’association des anciens élèves du collège Elikya Saint Joseph (CAC) et de l’ l’association des anciens et amis de la Faculté de médecine de l’Université de Kinshasa (AFMED). La première association aide le collège Elikya dans ses activités pour l’encadrement des élèves, la seconde apporte une aide à la Faculté de médecine dans sa triple mission : soins, enseignement et recherche.

Je ne suis pas historien, politologue, anthropologue ni sociologue… je suis un enfant appartenant  à une génération dite sacrifiée , je suis un enfant de la génération Mobutu (je suis né à Léopoldville en 1962, et tout ce que j’ai appris pendant mes jeunes années se résumait à la chronologie de la vie politique  de Mobutu, les 32 ans de règne du Maréchal Président ont totalement occulté l’histoire de l’accession à l’indépendance de la RDC et de la période tumultueuse précédant le coup d’État de novembre 1965 …).

Docteur Daniel Tonduangu, Spécialiste en médecine interne de la Faculté de médecine de l’Université de Kinshasa

Mes lectures récentes en cette période socialement, économiquement  et politiquement tendue de la RDC m’ont permis de découvrir ou ré découvrir des périodes glorieuses de notre histoire mais aussi quelques périodes tragiques et dramatiques  pour lesquelles je n’avais que de brides d’informations…c’est comme s’il me manquait certaines pièces de Puzzle pour tout reconstituer…

De ces lectures, je retiens de façon non exhaustive quelques renseignements qui me seront utiles pour participer d’une manière ou d’une autre aux débats pour reconstruire la RDC :

J’ai retenu que, tant pendant la lutte pour la décolonisation, les premières heures de l’indépendance  que pendant les années récentes dites de souveraineté nationale : la plupart des décideurs ou acteurs politiques ont œuvré plus pour leurs propres intérêts que pour le bonheur du peuple.

Frantz Fanon écrivait dans  les damnés de la terre(1961)…. «La  bourgeoisie colonisée qui accède au pouvoir emploie son agressivité de classe à accaparer les postes anciennement détenus par les étrangers…. »

 

J’ai retenu que les plus forts ont toujours utilisé les articles de la loi fondamentale (ou constitution) qui étaient à leur avantage et ont toujours ignoré les articles ou dispositions qui leur imposaient des devoirs…Le Professeur Marcel Lihau (constitutionnaliste)  ne disait-il pas que même les pires des dictateurs respectaient la constitution…mais de façon sélective bien sûr…

J’ai retenu que les plus forts ont toujours opprimé, écrasé les plus faibles  …mais chaque fois que l’occasion se présentait les plus faibles prenaient leur revanche mais alors de la pire de façon (souvent avec  violence).

J’ai retenu qu’à travers le temps l’unité congolaise a toujours été très fragile car à chaque doute, à chaque obstacle, à chaque déconvenue, à chaque balbutiement politique,  les gens se repliaient dans des considérations tribales, ethniques ou régionales… ce même réflexe de repli est curieusement t utilisé naturellement lors de la conquête du pouvoir par la voie dite démocratique des élections…je cite par exemple l’affrontement classique «  Est contre Ouest »…

J’ai retenu que lors des conflits armés  ou guerres civiles qu’ a connu la RDC, aucune règle ou loi civilisée n’était appliquée pour protéger les prisonniers de guerre  ou anciens ennemis, ils ont toujours été massivement massacrés, même s’ils ne représentaient plus aucun danger…(fin de la rébellion  à Kisangani et au Kivu ,fin de la sécession au Kasaï,   conflits tribaux au Kasaï en 1960…) c’est curieux de vivre cela dans un pays aussi religieux…

J’ai retenu que la logique de domination de la majorité par une minorité persiste depuis  de longues années (la nuit des temps) : de l’esclavage à la colonisation, de la colonisation aux indépendances,  pendant les années de néo colonisation correspondant aux dictatures militaires, et actuellement par l’oligarchie régnante corrompue par les multinationales puissantes qui fragilisent la souveraineté nationale …La minorité (le peuple)  est soumise à la misère… le peuple n’a-t-il pas droit à la vie ? Saint Thomas d’Aquin disait : toute vertu exige un minimum d’aisance…

Chers amis,

A la lumière de tout cela je suis convaincu qu’aucune démarche de reconstruction de notre pays ne peut se priver  d’une période d’analyse profonde, d’une introspection quasi psychanalytique pour que tout un chacun puisse se nourrir de notre passé, des éléments qui l’on caractérisé et des valeurs que nous devons absolument partager  pour vivre réellement ensemble, ceci afin de développer une intelligence collective et in fine pour contribuer au développement harmonieux de notre Pays.

Un ami (Professeur Molua  Antoine de la Faculté de médecine de l’Université de Kinshasa) m’a soufflé récemment  une formule que je trouve bien : «  l’intelligence collective (pensée collective) +la communication non violente =Émergence  alors que l’Intelligence individuelle + la communication violente = sous-développement collectif »…

C’est pourquoi à notre petite échelle, nous devons  de recourir à des valeurs éthiques chaque fois que nous devons  exercer des responsabilités, quel que soit notre domaine d’activité.  Souvenons-nous aussi que nous avons besoin de tout un chacun pour bâtir quelque chose de grand.

Je pense sincèrement que les temps durs pour la RDC   sont à l’horizon et que nous devons être prêts à les affronter  mais je suis aussi convaincu que pour une meilleure issue (un brin d’optimisme…), nous devons connaître notre histoire pour ne pas la répéter aveuglement…Nous avons aussi   besoin à tout jamais d’un socle éthique qui puisse nous servir de fondation.

Bien de bonnes choses ! bonne chance pour la RDC !

Tonduangu Kuezina Daniel

Rosoy ( France), Le 30/07/2018

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