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Lady Esobe : « trop des dédicaces tue le théâtre au Congo »
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Lady Esobe : « trop des dédicaces tue le théâtre au Congo »

A l’occasion de la journée mondiale du théâtre célébrée le 27 mars de chaque année, le célèbre comédien congolais Lady Nzongo alias « Phénomène Esobe », « roi du rire », a, au cours d’une interview exclusive à Times.cd, rappelé à l’opinion nationale l’importance de cette journée consacrée à l’art de scène.

En 25 ans de carrière, le leader du groupe « Lis Boy Fondation » a parlé de la santé du théâtre congolais. Il a surtout déploré le phénomène dédicaces autrement dit « Mabanga », devenu non seulement devenu en vogue, mais aussi un fond de commerce pour certains comédiens jusqu’à détruire la beauté du scénario dans une pièce théâtrale.

C’était aussi le moment pour ce jeune artiste au top de la comédie kinoise d’annoncer son prochain spectacle prévu le 13 avril au Palm Beach. Suivez-le.

Times.cd : Qu’est-ce que le public peut retenir de la Journée mondiale du théâtre ?

Phénomène Esobe : Que l’opinion en général et nos fans en particulier retiennent que cette journée a été instituée depuis 1961 à Vienne lors du 9e Congrès mondial de l’Institut international du théâtre. Elle est célébrée dans plusieurs pays du monde. Le théâtre rassemble, instruit et détend. L’objectif de cette célébration consiste à encourager les échanges internationaux dans le domaine de la connaissance et de la pratique des arts de la scène, stimuler la création et élargir la coopération entre les gens de théâtre, sensibiliser l’opinion publique à la prise en considération de la création artistique dans le domaine du développement, approfondir la compréhension mutuelle afin de participer au renforcement de la paix et de l’amitié entre le peuple.

Times.cd : Quelle est la santé du théâtre congolais actuellement ?

P.E : Au niveau du pays, l’art dramatique en général évolue de manière positive. D’ailleurs, nous, qui sommes des héritiers du théâtre congolais, avons beaucoup de chances de faire ce travail pendant que nos précurseurs sont encore en vie. Ils ont tracé le chemin que nous suivons aujourd’hui. Nous avons appris beaucoup auprès de nos aînés et nous essayons d’ajouter quelques touches de nous-mêmes grâce aux talents innées. Notre souci majeur est de développer toujours le 6e art en RDC. Donc, tant bien que mal, on cherche toujours à se maintenir et à faire la fierté de la comédie congolaise.

Times.cd : Parlez-nous de votre parcours théâtral en quelques lignes ?

P.E : Ça fait pratiquement 25 ans depuis que je suis dans le théâtre comme professionnel. J’ai réellement pris mon envol dans la troupe « Mukubi Théâtre », avant d’intégrer « Nouvelle Loyenge » chez Mangwau Me Pay. Je me suis ensuite retrouvé dans « Lis Boy ». Et aujourd’hui, j’ai mon propre groupe, « Lis Boy Fondation ». Il faut rappeler que j’ai commencé dans plusieurs groupes de quartiers, dans ma commune natale, à N’djili. Mais, je ne cite que les quatre parce que je sais personnellement ce que j’ai appris en termes de connaissance dans chaque troupe.

Times.cd : Quelle est cette pièce qui vous a propulsé sur la scène de théâtre ?

P.E : Si je me rappelle bien, ce sont toutes les scènes que j’ai travaillées, ça et là, dans ma carrière qui ont fait de moi une grande star, figure emblématique dans la comédie congolaise. Il n’y a pas que des pièces qui passent à la télévision. Certaines personnes m’ont beaucoup apprécié au cours d’un spectacle dans la salle, plutôt que lorsqu’il me regarde à la télé. Evidemment, je m’engage toujours à donner le meilleur de moi dans tous les rôles qui sont confiés. Je sais qu’il y a des histoires de théâtre dans lesquelles je suis intervenu en incarnant des rôles fascinants dont le succès a contribué énormément à ma carrière. Donc, il y a des pièces qui ont ajouté un plus durant ma carrière, par exemple, « Mbongo epesi kizungu zungu » dans Nouvelle Loyenge, « Miniololo » dans Lis Boy et « Ami ennemi » dans Lis Boy Fondation. Ce sont des pièces qui ont beaucoup marqué ma carrière et surtout qui m’ont beaucoup donné la force et le courage de continuer avec le théâtre.

Times.cd : On vous reproche d’amateurisme dans vos pièces. Comment réagissez-vous ?

P.E : En rapport avec les dédicaces, je vous dis que c’est une réalité qui s’est enracinée dans notre culture. Le phénomène « Mabanga » (dédicace) est devenu pratiquement notre mode de vie. C’est vraiment difficile pour nous de mettre fin au « Mabanga » dans nos pièces de théâtre. J’avoue qu’il y a des personnes qui suivent particulièrement nos pièces à la télévision parce qu’elles s’attendent à des dédicaces. Mais, on ne peut pas produire nos pièces chaque fois avec trop de dédicaces à cause de ces gens là. Non ! Savez-vous que l’excès de dédicaces tue aussi l’œuvre ? Ce qui est important, c’est de réfléchir maintenant à la manière de les canaliser, les placer ou les utiliser dans un scénario. Voilà le conseil que je peux donner à mes collègues comédiens.

Times.cd : Quelles sont les difficultés des comédiens congolais ?

P.E : C’est vraiment énorme. On est confronté à beaucoup des difficultés dans notre secteur d’art de scène. Si je commence à énumérer un à un, ça va prendre des heures. Hélas ! On ne peut pas non plus croiser les bras parce qu’on est buté aux difficultés. On essaie de se battre bec et ongle grâce à nos propres efforts pour s’en sortir et satisfaire le public à travers nos œuvres. Mais, retenez que les comédiens congolais souffrent sur le plan technique, financier… C’est ailleurs, une des raisons qui poussent les artistes à recourir au phénomène « Mabanga ».

Times.cd : Que pensez-vous des combattants (congolais de la diaspora) qui interdisent aux artistes kinois de prester en Europe ?

P.E : Je sais que cette mesure ne concerne pas que moi. Mais, tous les artistes congolais résidant au pays. Les combattants nous empêchent de nous produire en Europe pour des raisons qu’eux-mêmes maitrisent mieux. Je ne cherche même pas à les savoir parce que ce n’est pas un cas personnel de Lady Esobe. Je ne les encourage pas et ne les condamne pas non plus. C’est une affaire dont j’évite à tout prix. Parce que je connais ni les tenants, ni les aboutissants. Si vous mettez votre nez dedans, on va aussi vous poser des questions pour savoir quel est votre intérêt, ou encore qui est derrière vous ? Dernièrement, j’étais en Europe pour mes affaires privées. On ne m’a pas dérangé parce que je n’étais pas là pour faire des spectacles.

Times.cd : Votre réaction si votre enfant veut aussi faire du théâtre sa profession ?

P.E : Je vis grâce à ce métier de théâtre dans lequel j’ai mis toute mon intelligence pour nourrir ma famille. Si un des mes enfants veut emboîter les pas pour faire la comédie, je ne sais pas encore ce que sera ma réaction. Bonne ou mauvaise. Je pense que Dieu ne leur a pas donné la vision de faire le théâtre. Peut-être, c’est un don que Dieu n’a donné qu’à moi-même (rires)

Times.cd : Qu’est-ce que vous avez prévu pour célébrer la fête du théâtre avec vos fans ?

P.E : Malheureusement, la fête ne sera pas célébrée en ce mois mars qui touche pratiquement à sa fin. Par contre, nous nous sommes organisés, mon groupe Lis Boy Fondation et moi, pour donner un spectacle show, le 13 avril 2018, à l’espace Palm Beach, à Gombe à Kinshasa. Que mes fanatiques viennent nombreux pour célébrer ensemble avec nous cette fête ! Vraiment, j’ai un beau cadeau que je réserve pour eux. Mon équipe composée des « Princes du rire » avec qui nous avions été plébiscités « Champions du rire » au festival Toseka sera également de la partie. Il y aura du rire à gogo avec le roi du rire, le Phénomène Esobe. Je profite de cette occasion pour inviter et remercier toutes les personnes qui me soutiennent, notamment, Georges Batua Glb, Eddy Iyeli « Papa Social », Honorable Paul Bintu Musambay, DG Las Klima, Jepy Meubles et mon homme de confiance, directeur Yves Nzofo Amala de Lis Boy Fondation … Merci.

Propos recueillis par Jordache Diala/Times.cd

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